Marie Jacot-Cardoen cultive la diversité

Moins de deux ans après avoir rejoint Edmond de Rothschild Asset Management France, Marie Jacot-Cardoen en a été nommée présidente du directoire. Elle nous raconte comment et pourquoi elle est arrivée à ce poste.
Laurence Marchal
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Le hasard (du calendrier) fait parfois bien les choses. C’est le 8 mars dernier, journée des droits des femmes, que Marie Jacot-Cardoen a pris la présidence du directoire d’Edmond de Rothschild Asset Management France. Un joli symbole pour cette promotion. La place des femmes est un sujet qui tient à cœur à Marie Jacot-Cardoen. Dans son équipe directe, elle compte autant de femmes que d’hommes. Mais, attention, «je n’ai pas embauché des femmes parce qu’il fallait que j’embauche des femmes», prévient-elle. «Elles ont été recrutées pour leurs compétences et leur crédibilité». Au-delà de la mixité, c’est la diversité sous toutes ses formes qui compte. «La diversité est importante pour des raisons évidentes», explique la dirigeante, qui a passé son enfance et son adolescence entre la France et l’Allemagne. «Nos clients sont divers, ils ne comprendraient pas qu’on puisse leur apporter des solutions sans que nous soyons nous-mêmes divers. Je pense aussi qu’au-delà de la diversité de genres, il faut qu’il y ait une diversité de points de vue, de cultures…». Pour elle, «c’est une condition nécessaire pour avoir des débats intéressants et construire des solutions pérennes et pertinentes». La diversité, Marie Jacot Cardoen l’a aussi cultivée dans son parcours. Passionnée de langues étrangères, de philosophie et d’histoire, elle choisit d’abord des études littéraires. Après hypokhâgne et khâgne, l’étudiante se tourne vers Sciences Po Paris. Elle y découvre la finance. «Ce qui m’a intéressé dans la finance, c’était d’appliquer ce que j’avais appris au niveau plus macro à un domaine très pratique», se souvient-elle. «En finance, il est important d’avoir fait de l’histoire, peut-être plus que d’avoir étudié l’économie. Quand on est dans un contexte de crise, il est important de connaître d’autres crises dans l’histoire», analyse-t-elle. Marie Jacot-Cardoen voit aussi la finance comme un moyen, et non comme une fin. «J’ai étudié l’économie du développement. Assez tôt, j’ai compris que l’on pouvait avoir un impact dans la société par le biais de la finance », dit-elle. Après ses études, Marie Jacot-Cardoen s’offre une année de césure et part en Afrique. L’expérience durera trois ans. « J’avais un parcours relativement classique. Je voulais faire quelque chose de différent», explique-t-elle. De fait, le séjour est dépaysant à tous égards. «J’ai fait du journalisme, j’ai travaillé pour le gouvernement ghanéen qui mettait en place un système d’apprentissage du français dans les écoles, j’ai voyagé à travers le continent», raconte-t-elle. «Cela m’a ouvert des perspectives et m’a confirmé l’importance de la finance en matière de développement », résume-t-elle. Après l’Afrique, «je me suis sentie prête de commencer à travailler». Elle s’installe à Londres et entre chez Goldman Sachs en 2004. Changement d’ambiance. Les années Goldman Sachs «Je voulais être à Londres, car j’estimais que c’était la place financière la plus intéressante à l’époque. J’étais aussi attirée par son côté cosmopolite », justifie Marie Jacot-Cardoen. «Parallèlement, je voulais travailler pour une société anglo-saxonne qui affiche une diversité de points de vue, de nationalités, de profils…», poursuit-elle. Goldman Sachs présentait aussi «l’énorme avantage d’offrir un large éventail de carrières dans la finance», selon Marie Jacot-Cardoen. Elle y restera dix-sept ans. L’expérience fut variée. «Quand je suis arrivée, j’avais envie de tout essayer, et c’était possible!», s’enthousiasme-t-elle. «Je suis passée de la banque d’investissement à la gestion d’actifs. Ensuite, dans l’asset management, j’ai eu la chance d’évoluer tous les trois ou quatre ans. Au début, j’ai assumé des responsabilités techniques, lorsque j’étais responsable pour le monétaire. J’ai aussi travaillé sur l’alternatif, qui était à l’autre bout du spectre de la gamme de produits. Ensuite, je suis passée à la vente et j’ai eu des responsabilités managériales. D’abord en Allemagne, puis sur un périmètre plus large», résume-t-elle. Sa première expérience, commencée donc au sein de la banque d’investissement, donne à Marie Jacot-Cardoen «une vision holistique et exhaustive» de la banque. Une bonne entrée en matière. Au bout de trois ans, la jeune femme ressent l’envie de travailler au contact des clients. «J’avais besoin de cet échange et de créer une activité qui n’existait pas encore». A 25 ans, elle est donc chargée de monter l’activité monétaire et short duration pour l’Europe continentale. Ensuite, elle passe à la distribution des produits illiquides en Europe et en Asie. Pendant ces années, Marie Jacot-Cardoen prend goût à la construction d’une activité nouvelle et au management. «J’aime développer et faire croître une activité. Trouver des solutions pour les clients. Et j’aime le management, réfléchir à comment faire travailler les gens ensemble et le mieux possible, à la meilleure utilisation des compétences, réorganiser, faire évoluer les responsabilités…», détaille-t-elle, l’air sérieux. Plus tard, en 2016, Marie Jacot-Cardoen est nommée responsable de l’Allemagne à Francfort. Elle connaît bien la ville pour y avoir vécu pendant son enfance. Mais ce retour aux sources n’a rien d’évident. «Ce fut un défi parce que je m’y suis retrouvée en tant que femme dirigeante. A l’époque, l’Allemagne n’était pas forcément le marché du travail le plus ouvertaux femmes et à la diversité », observe-t-elle. «Les gens étaient perplexes de voir une Française à la tête de l’équipe en Allemagne». Mais Marie Jacot-Cardoen assume de déranger. «Prendre les choses à contrepied est souvent une bonne idée. Cela permet d’avoir une perspective différente sur les choses, d’avoir un schéma de pensée différent et de poser les bonnes questions», estime-t-elle. «C’est mon leitmotiv. Je pousse toujours mes équipes à questionner les choses et avoir un œil critique sur ce qu’on fait», poursuit-elle. «Les premiers mois n’ont pas été simples. Puis, finalement, j’ai construit une équipe très diverse. J’ai recruté des personnes compétentes, avec l’objectif de faire mieux du point de vue de la diversité des genres. On a mis en place une machine de vente qui a bien fonctionné. C’était aussi très satisfaisant de constater que la stratégie fonctionnait, que les gens travaillaient bien ensemble. Cela a duré 3 ans et demi», raconte-t-elle. Après cette expérience qu’elle a finalement beaucoup aimée, Marie Jacot-Cardoen retourne à Londres, puis s’installe à Paris pour prendre la responsabilité de la France en 2020. C’est alors qu’elle quitte Goldman Sachs pour rejoindre Edmond de Rothschild AM, toujours dans la capitale française. Un nouveau départ Marie Jacot-Cardoen est attirée par la marque «iconique» que représente Edmond de Rothschild AM ainsi que par les valeurs véhiculées par le groupe. Elle est aussi séduite par le caractère international de sa mission et les défis à relever. «Il s’agissait de réorganiser et de redynamiser les ventes à l’échelle mondiale, de penser à la meilleure façon d’être proche de nos clients, en termes géographique bien sûr, mais aussi en termes d’offre», déclare-t-elle. La première année complète de la nouvelle dirigeante – 2021 – est plutôt concluante. «Nous avons affiché une très belle levée l’an dernier, aussi bien pour les fonds liquides que pour les fonds d’actifs non cotés. Et ce, pas uniquement sur le marché français. Nous avons commencé à enregistrer nos premiers succès en termes de diversification en Espagne, en Allemagne… C’est très motivant et encourageant pour les équipes», se réjouit-elle. Aujourd’hui, «nous sommes dans une phase de continuité», affirme-t-elle. «Au niveau de la vente de produits liquides, nous nous sommes recentrés sur les fonds pertinents pour nos clients, dans lesquels nous étions performants, avec une gestion active de conviction… Nous gérons des portefeuilles concentrés, avec des thématiques fortes, différenciantes, comme le Big Data, la tech, la santé, le capital humain… Nous avons une gamme resserrée d’une dizaine de fonds, mais avec de très bonnes équipes et performances», souligne-t-elle. Marie Jacot-Cardoen a par ailleurs intégré les ventes du private equity, de l’immobilier et de la dette infrastructures aux équipes de vente, avec des vendeurs spécialisés. Elle planche aussi beaucoup sur tout ce qui touche à l’ESG et à l’impact. Quelque 85% des fonds liquides sont actuellement classifiés article 8 et 9. Son défi? Trouver la meilleure manière de communiquer sur ces sujets. «La particularité de notre groupe est que l’ESG correspond à des engagements historiques de la famille. Cet engagement est d’avoir un impact positif sur les générations à venir, sur l’économie réelle… Nous investissons par exemple dans des PME en Afrique via nos stratégies de private equity, dans des infrastructures vertes ou sociales comme les hôpitaux, dans des programmes de formation et d’éducation… Et tout cela, nous le retrouvons dans les grandes thématiques de nos fonds liquides et illiquides: capital humain, transition énergétique et environnementale, Agri & Food Tech…», détaille-t-elle. Quand elle veut s’extraire de cela et s’évader, Marie Jacot-Cardoen retourne à sa passion première pour la littérature. Elle lit des écrivains russes et des philosophes allemands. Mais pour décompresser, rien ne vaut le sport qu’elle pratique assidument tous les jours, notamment la course à pied. La dirigeante reconnaît qu’il faut beaucoup d’énergie pour construire sa carrière, garder ses ambitions et à la fois élever ses enfants de la meilleure façon possible quand on est parent. «J’ai trouvé ça difficile», admet-elle. Mais elle a été inspirée par des femmes qui avaient fait le même parcours avant elle. «C’est tellement important d’avoir des rôles modèles. Se dire que c’est possible». D’autant plus quand on a trois filles. «C’est aussi important que je leur donne ce message aussi. Qu’on peut faire les deux», conclut-elle.

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