Que penser de l’an 1 de la présidence Trump ?
Donald Trump n’a jamais laissé indifférent. Dès son arrivée à la Maison-Blanche, ses décisions, son style et ses déclarations ont profondément polarisé le débat public. Très rapidement, deux lectures se sont imposées : pour les uns, il incarnerait une rupture nécessaire avec un système politique jugé épuisé ; pour les autres, il ne serait que le symptôme d’un dérèglement inquiétant des institutions américaines qui a permis l’irruption d’un personnage incontrôlable, mû par des pulsions et des appétits de pouvoir et de richesses. Dans cette confrontation permanente, une question essentielle est pourtant restée en grande partie occultée : existe-t-il une logique réelle qui structure l’action de Donald Trump et de son administration ? Et si oui, comment peut-on la définir ?
Fin octobre 2025 les décisions et initiatives du président Trump, notamment sur le plan économique, faisaient déjà l’objet de jugements très sévères. Le débat public s’était largement focalisé sur une condamnation.
Depuis la publication début décembre 2025 de la Stratégie de sécurité nationale, le centre de gravité de l’actualité s’est déplacé vers le champ diplomatique. Les négociations avec la Russie, l’opération surprise au Venezuela, le retour du dossier iranien avec la répression sanglante des opposants et, plus récemment, la question du Groenland, sans compter d’autres dossiers, ont dominé l’agenda politique et médiatique.
Rapport de force politique
L’hypothèse centrale défendue dans l’ouvrage Trump face à un monde qui avait besoin de changements (1) est simple : tout en prenant en compte publiquement la situation de compétition et de confrontation avec la Chine et les pays nouvellement développés, les actions et les déclarations de Donald Trump doivent être interprétées avant tout à l’aune d’objectifs de politique intérieure. Donald Trump et ses soutiens cherchent à rompre avec un système de pouvoir installé de longue date aux Etats-Unis, et exercé par un ensemble d’élites institutionnelles, politiques et économiques perçues comme ayant confisqué l’exercice du pouvoir démocratique, et ayant eu pour résultat un affaiblissement relatif des Etats-Unis. Pour y parvenir, ils construisent un rapport de force politique fondé sur deux piliers complémentaires : la mobilisation du soutien populaire et l’exploitation d’une tendance structurelle de l’histoire américaine, celle de la consolidation d’un pouvoir fédéral fort.
Le premier pilier est le soutien populaire. Il constitue sans doute le principal atout de Donald Trump. Il repose sur une capacité singulière à combiner des décisions à effet immédiat et une communication efficace visant à les rendre visibles et compréhensibles par le plus grand nombre. Les objectifs poursuivis sont d’abord domestiques. Ils ont pour but une amélioration rapide et tangible du quotidien : baisse du prix des médicaments, amélioration de l’accès aux soins, facilitation de l’accès au logement, renforcement du pouvoir d’achat des ménages, réduction de l’insécurité, lutte contre les trafics et l’immigration présentée comme vecteur de cette insécurité. A ces enjeux socio-économiques s’ajoute un combat idéologique contre ce qui est désigné comme le « wokisme » et ses dérives, afin de consolider l’appui des électorats évangélistes et, plus largement, de ceux qui se réclament de valeurs traditionnelles américaines d’inspiration chrétienne.
Sur le plan international, cette logique se prolonge de manière cohérente. L’action extérieure est largement pensée comme un levier de légitimation interne. Elle privilégie des postures favorables à la paix, des prises de position simples et directement intelligibles par l’opinion publique américaine, et limite le recours à la force militaire à des opérations ponctuelles susceptibles de produire des victoires rapides et médiatiquement valorisables.
Une stratégie politique structurée, orientée vers un objectif prioritairement domestique
Le second pilier repose sur une dynamique séculaire de centralisation du pouvoir au niveau fédéral au détriment des autorités locales. Cette orientation éclaire le recours accru à l’armée et aux gardes nationales, placées sous l’autorité directe du président, tant pour la sécurité intérieure que pour la politique migratoire. Elle se manifeste également par la volonté d’harmoniser les règles électorales entre les Etats fédérés. Plus largement, elle s’inscrit dans un projet de recentralisation du pouvoir exécutif, aujourd’hui fragmenté entre de nombreuses agences indépendantes, et dans la remise en cause de la dépendance du pouvoir exécutif fédéral à un système de délégations du Congrès. Une telle évolution suppose une transformation durable de la doctrine de la Cour suprême. Et elle implique une confrontation directe avec des organisations disposant de ressources financières et humaines considérables, issues de grandes fondations et de grandes fortunes, qui s’appuient sur des réseaux complexes associant ONG, acteurs de la communication et médias pour imposer leurs propres agendas idéologiques ou économiques.
Dépasser les réactions immédiates
Une conviction s’impose alors : la deuxième présidence Trump ne peut être réduite ni à l’improvisation ni à la seule provocation. Elle exprime une stratégie politique structurée, orientée vers un objectif prioritairement domestique : la remise en cause d’un ordre politique jugé illégitime et l’émergence d’un pouvoir exécutif fédéral fort au nom d’une certaine idée de la souveraineté populaire. Cette grille de lecture permet de dépasser les réactions immédiates et d’appréhender, avec davantage de recul, les transformations profondes aujourd’hui à l’œuvre dans le système politique américain. En ce sens, j’invite dans cet ouvrage à réfléchir aux recompositions en cours des pouvoirs aux Etats-Unis et aux tensions durables qui traversent la démocratie américaine. L’objectif est de permettre de mieux anticiper et comprendre les conséquences de ces mouvements sur l’environnement international et sur les relations avec les autres pôles de puissance économiques, politiques et militaires.
(1) Trump face à un monde qui avait besoin de changements. Hubert Rodarie, Eska 2026.
Plus d'articles du même thème
-
Dans les bureaux de... Christophe Bouthors
Le président de Telamon nous reçoit dans un bel hôtel particulier du quartier de l'Etoile où le groupe vient de s'installer. -
Benjamin Schapiro : entre racines et horizons
Il a pris la tête d’UBP Asset Management (France) en avril 2026 avec enthousiasme. Une évolution inattendue mais naturelle. -
Dette souveraine, non au « French bashing » !
Le directeur des investissements du groupe Matmut défend dans une tribune, une gestion de conviction des obligations souveraines pour soutenir l'économie. -
L’investissement d’impact à l’épreuve des marchés cotés
Le monde de l’investissement change vite. De nouveaux risques, comme les tensions sociales, les phénomènes météorologiques extrêmes et les tensions géoéconomiques, font désormais partie du paysage. Un expert sur deux interrogé par le Forum économique mondial s’attend à ce que le niveau de risque augmente fortement cette année et continue de grimper. Les cinq principaux risques identifiés sont les confrontations géoéconomiques (18 % des votes), les conflits armés entre Etats (14 %), les phénomènes météorologiques extrêmes (8 %), la polarisation sociale (7 %), ainsi que la mésinformation et la désinformation (7 %). -
ESG et performance, le verdict académique
Le prix académique 2026 de l’Association française des investisseurs institutionnels récompense cette année un article portant sur les performances financières et extra-financières de portefeuilles d’actions. Cet article a été présenté aux 4es Entretiens de la Finance Durable à Paris en décembre 2025 ; il a été sélectionné par un jury composé des membres de la commission Recherche de l’AF2I parmi les articles présentés en 2025 dans les conférences académiques en France. Cette commission Recherche a pour objectif de rapprocher la communauté des investisseurs de celle des chercheurs avec la conviction que les pratiques d’investissement peuvent se nourrir des travaux récents de recherche académique et que certains chercheurs peuvent trouver des solutions originales ou des angles d’approche nouveaux aux problèmes qui se posent concrètement aux praticiens. -
L’Indonésie inquiète les investisseurs internationaux
Il y a dix ans, de nombreux analystes voyaient l'Indonésie comme « le prochain BRIC ». Aujourd’hui, ce pays émergent encourt le risque de redevenir un « marché frontière ».
ETF à la Une
Les ETF d’actions américaines signent un retour en force au deuxième trimestre
- BlackRock remporte un mandat de 10 milliards d'euros
- LBP AM transfère la gestion de ses opérations de Natixis IM OS vers Alto
- Perpetual rejette une offre de rachat de 1,7 milliard de dollars d'EQT
- L'Ircantec va lancer plusieurs appels d'offres
- Les ETF d’actions américaines signent un retour en force au deuxième trimestre
Contenu de nos partenaires
-
Le cercle des initiésDéfense : le joli coup de Thales avec la pépite française des drones sous-marins
L’Agefi et l’Opinion passent toutes les semaines au laser des entreprises ou des secteurs qui ont fait l’actualité -
« Un sujet de préoccupation » : EDF et ses centrales nucléaires au défi des canicules à répétition
Pour la deuxième fois en trois semaines, des réacteurs nucléaires sont arrêtés jeudi alors que la canicule s’intensifie. Si la pénurie ne menace pas, EDF doit adapter ses infrastructures. -
Au tableau« Nous aurons assez de professeurs » : les limites de l’autosatisfecit du gouvernement
La réforme de la formation des enseignants permettra, selon le gouvernement, de combler le manque d'effectifs au mois de septembre. Les syndicats sont divisés