Wall Street, au-delà des « midterms »
Les « midterms » seront-ils le tournant du mandat de Donald Trump ? Quels que soient leurs résultats, ils pourraient bien en tout cas marquer la fin d’un âge d’or pour Wall Street, car la plupart des moteurs qui ont assuré sa hausse ces dernières années menacent de se gripper. Certes, l’optimisme demeure sur les marchés la qualité la mieux partagée. Il est vrai que le coup de torchon d’octobre, même venant après celui de février, ne suffit pas à caractériser l’entrée dans un marché baissier, déjà maintes fois annoncée vainement par les mauvais augures. D’ailleurs, les indices ont cessé de baisser alors qu’ils s’apprêtaient à enfoncer leurs niveaux de début d’année, et continuent à afficher une performance positive pour 2018, surtout pour les investisseurs de la zone euro. Aussi, au vu de la santé de l’économie américaine, qui éclate indice après indice, Wall Street pourrait bien surprendre une fois de plus en bouclant une décennie d’anthologie depuis son rebond historique de mars 2009. Le doute est pourtant plus que permis.
Que l’on regarde du côté des taux d’intérêt et des perspectives de résultats, les présages ne sont pas fameux. Côté taux, la Réserve fédérale n’a aucune raison, hormis les appels de Donald Trump, de changer son cap. Ni l’évolution de l’inflation ni sa composante salariale ne militent en faveur ne fût-ce que d’un statu quo des taux administrés ; quant à la contraction du bilan de la Fed, il demeure l’horizon des investisseurs qui ont tendance à en sous-estimer les effets, déjà bien présents. Le resserrement des conditions financières devrait donc s’accentuer, avec ses traditionnelles conséquences sur la valorisation des actifs risqués. Du côté des perspectives de résultats, les dernières publications n’incitent pas au pessimisme ; mais l’épreuve de force commerciale engagée avec la Chine, risque macroéconomique numéro un, ne dépendra que peu du résultat des midterms. Sur ce point, Donald Trump, qui a trouvé un soutien profond, est assuré de garder la main. La Chine en subit déjà les conséquences en termes de croissance et si le phénomène s’aggrave, c’est tout l’Extrême-Orient qui pâtira de son ralentissement. Croire que les Etats-Unis pourraient échapper au coup de frein de son dauphin économique serait aventureux. Compte tenu de son poids sur la scène mondiale et de sa place dans la chaîne de valeur, le Chine ne laissera personne indemne en cas de coup de frein.
La réforme fiscale peut-elle freiner un atterrissage des indices ? Sans doute pas au-delà de 2019, suivant le rythme des rapatriements des capitaux expatriés. Cette variable demeurera particulièrement importante, notamment parce qu’en dépendent les colossaux rachats d’actions. Avec près de 350 milliards réalisés depuis le début de l’année, ceux-ci demeurent une source capitale de la demande d’actions, d’autant que d’importantes catégories d’investisseurs sont déjà vendeurs nets, surtout de valeurs technologiques. Marché d’anticipation, la Bourse paraît bien avoir commencé à en tirer les conséquences.
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