Politique monétaire, le conseil de la BCE n’évite pas le débat public
Il est des moments, rares, où le débat monétaire souvent abscons occupe la place publique. La BCE affronte un de ces moments, à une semaine d’une réunion cruciale, programmée pour le 12 septembre. Avec au menu l’opportunité de prendre de nouvelles mesures d’assouplissement monétaire.
La France a attendu le dernier moment pour y prendre part, par l’intermédiaire de L’Agefi.
Sur le constat économique, tout le monde est à peu près d’accord : la conjoncture, déjà peu dynamique en zone euro, a souffert cet été des foucades de Donald Trump sur le commerce, et de l’imminence d’un Brexit sans accord le 31 octobre, hypothèse désormais clairement privilégiée à Londres.
Quant à l’inflation, elle reste loin de son objectif de moyen terme « inférieure à, mais proche de, 2% ». Le marché en a tiré une conclusion brutale, avec une forte baisse des taux de marché en Europe et un euro languide.
Sur le débat monétaire en revanche, rarement la préparation d’une décision de la BCE aura été précédée d’un débat aussi rude au sein de son conseil, chacun y allant de ses recommandations, sur deux sujets principaux : la reprise des achats nets d’obligations, le fameux « quantitative easing » dans sa version la plus agressive, et le niveau des taux négatifs.
Sur les achats d’actifs, qui agissent sur la partie longue de la courbe des taux, les banquiers centraux allemands, néerlandais, autrichiens militent publiquement contre leur réanimation, au contraire des Espagnols et des Finlandais qui affichent, tout aussi publiquement, une position inverse. Selon nombre d’analystes, les deux camps s’équilibrent à peu près. C’est pourquoi la position française, inconnue jusqu’à ce jour, est importante.
François Villeroy de Galhau, le Gouverneur de la Banque de France, exprime dans nos colonnes, sous une forme très diplomatique, une prudence qui confine à la réserve : «Est-il nécessaire de le faire dans l’immédiat ? C’est une question à discuter. »
En clair, il n’y a moins d’urgence à se servir de cet outil que d’autres instruments de politique monétaire. Une position qui pourrait peser lourd la semaine prochaine.
Sur les taux négatifs aussi, le débat fait rage. La Bundesbank a officiellement dit que les banques devaient pouvoir les répercuter à leurs déposants, y compris particuliers, « pour gérer leurs coûts ».
Côté Banque de France, la position est opposée : « Aucune banque française n’applique aujourd’hui de taux négatifs aux dépôts des particuliers et des PME ; aucune n’a à notre connaissance l’intention de le faire », souligne son Gouverneur, en considérant que des « mesures correctrices » prises en faveur des banques devraient les dissuader d’en venir à de telles extrémités.
Sur ce sujet-là aussi, les paris sont ouverts quant aux décisions qu’annoncera jeudi 12 le patron de la BCE, Mario Draghi.
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