Une semaine cruciale s’ouvre pour la Grèce
L’Allemagne a consenti à politiser le sujet grec. Après la réunion «informelle» qui s’est tenue en marge du Conseil européen de la semaine dernière, le Premier ministre grec Alexis Tsipras se rendra aujourd’hui en Allemagne pour rencontrer la chancelière Angela Merkel. Les Européens agissent sous la menace d’une crise de liquidité imminente à Athènes et attendent de la Grèce une liste crédible de réformes spécifiques dans les prochaines heures pour ouvrir le robinet.
Le sommet «informel» organisé à la demande d’Alexis Tsipras dans la nuit de jeudi à vendredi derniers, avec Angela Merkel, François Hollande, et les présidents de la BCE, de la Commission européenne et de l’Eurogroupe, a permis de valider le nouveau cadre de négociation qui s’est péniblement mis en place depuis l’accord du 20 février sur la prolongation d’un deuxième programme grec.
Dans un communiqué publié à l’issue de cette réunion nocturne, les chefs d’Etat ont dit attendre une «liste complète de réformes spécifiques (…) dans les prochains jours». «L’Eurogroupe se tient prêt à se réunir à tout moment», a assuré Angela Merkel. Quelques heures plus tard, le ministère des Finances grec saluait une «approche constructive» et la tenue de premières réunions techniques à Athènes.
Après des semaines d’atermoiements, un cadre s’est donc mis en place avec une première réunion le 10 mars du «Groupe de Bruxelles», l’ancienne Troïka, à laquelle s’est joint le Mécanisme européen de stabilité. Parallèlement, une dizaine d’experts de la DG Ecfin ont rejoint Athènes pour tenter de se faire «ouvrir les livres», expliquait vendredi une source européenne. Le déni d’accès de la Grèce à ses comptes, en raison de son opposition aux experts de l’ancienne Troïka, avait suscité l’exaspération de Bruxelles et de Berlin. Dans ce contexte, la venue du Premier ministre Tsipras à Berlin peut être vue comme une occasion offerte au leader grec de donner un gage de bonne foi à son partenaire allemand et faciliter les manœuvres politiques à venir de la chancelière pour obtenir l’aval d’un Bundestag toujours plus réticent.
Parallèlement, le président de la Commission européenne qui se disait jeudi encore «inquiet» et «pas satisfait des progrès réalisés au cours des derniers jours», annonçait vendredi vouloir faciliter le déblocage de 2 milliards d’euros de fonds structurels encore disponibles en 2015 pour «gérer la crise humanitaire, aider les PME ou financer des infrastructures». Depuis le début de l’année, la Commission, qui a renforcé l’assistance technique à Athènes pour faciliter leur «absorption», a déjà déboursé plus de 700 millions de fonds structurels, a indiqué un porte-parole de la Commission à L’Agefi. Jean-Claude Juncker a assuré que 2 milliards d’euros étaient disponibles pour Athènes dont «200 millions en mai et juin», à condition qu’Athènes accepte de se plier à un minimum de formalisme.
Parallèlement, la BCE maintient la pression sur Athènes en refusant de relever le plafond de T-Bills qu’elle est prête à accepter en collatéral (actuellement fixé à 3,5 milliards d’euros). Le déblocage anticipé des profits réalisés par la banque centrale sur son portefeuille d’obligations grecques, pour 1,9 milliard d’euros, est soumis théoriquement à la même conditionnalité que le reste des fonds en termes de réforme. Mais il ne requiert l’aval que de la commission compétente du Bundestag, pas de la plénière, indiquait vendredi une source proche de la BCE.
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