Une privatisation de France 2 pourrait faciliter les plans du gouvernement

Les experts soulignent qu’il sera difficile de compenser les pertes de France Télévision sur la publicité par des taxes et des baisses de coûts
Olivier Decarre

L’équation ne sera pas facile à résoudre mais les données du problème sont simples. Pour supprimer la publicité sur les chaînes publiques, le gouvernement devra trouver quelque 800 millions d’euros de compensation. Or, pour les spécialistes, une taxation des recettes supplémentaires des chaînes ne pourra pas couvrir cette somme. D’autant que le report de publicité ne sera pas total, les analystes prévoyant des taux de 30 % à 60 %. L’idée d’une taxe sur la téléphonie et sur internet a aussi été suggérée. Mais d’une façon générale, « il paraît difficile de pouvoir financer l’ensemble du manque à gagner par des taxes», calcule un analyste parisien.

« L’objectif pourrait être de mettre la pression sur le management de France Télévision pour réaliser du cost-cutting », ajoute une note de CM-CIC. Mais là encore, certains doutent que des mesures de restrictions suffisent à faire le compte.

Dans ces conditions, « la privatisation d’une chaîne pourrait apporter une solution », anticipe l’analyste parisien qui se demande si ces annonces ne reviennent finalement pas à préparer le terrain. Et France 2 est vue comme la candidate la plus probable. « Une option qui, selon le même analyste, permettrait de supprimer plus de coûts que de revenus publicitaires ». Cette option n’est toutefois « pas à l’ordre du jour » et la mesure peut être « largement financée par une taxe de 1,5 % à 1,8 % sur la téléphonie et internet », assure-t-on à l’Elysée.

Un autre observateur se veut d’ailleurs réservé et se demande « s’il y aurait de place pour une autre grande chaîne privée à l’heure où les audiences de TF1 et M6 se tassent ». Autrement dit, si une privatisation aurait été possible il y a quelques années, elle serait plus complexe à mener aujourd’hui. Surtout que parmi les grands candidats possibles, « Lagardère ne semble pas intéressé par la télévision à grande échelle et Bolloré n’a pas des moyens illimités », ajoute-t-il.

L’analyste parisien n’y voit toutefois pas un frein, estimant que « les actifs de médias trouvent toujours preneur même à des prix élevés ». Une question du prix que les spécialistes se refusent d’ailleurs à aborder tant ils manquent d’éléments tangibles. En tout cas, un scénario de privatisation « serait évidemment très négatif pour les chaînes privées », écrit CM-CIC. Le marché le craint-il ? Toujours est-il que TF1 et M6 ont pratiquement effacé hier les gains engrangés la veille.

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