Une épée de Damoclès plane au-dessus du marché de l’aluminium
Les résultats peu reluisants de Rusal et d’Alcoa, respectivement 2e et 3e producteurs mondiaux d’aluminium, illustrent la crise durable dans laquelle le secteur s’est enfoncé. Les coupes de capacité (11% pour Alcoa et 7% pour Rusal en 2013) n’ont pas permis de rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande et encore moins de résorber les stocks colossaux du London Metal Exchange (LME).
En effet, depuis la crise financière, l’aluminium s’est trouvé dans une situation unique avec une abondance de métal physique et un fort contango, rendant le « carry trade » particulièrement lucratif pour les établissements financiers qui se sont lancés dans l’arbitrage (c’est-à-dire achat de physique et vente à terme). Les règles du LME autorisant le vendeur à décider du lieu de la livraison n’ont fait que renforcer le problème puisque les établissements financiers se sont empressés de livrer leurs volumes dans leurs propres entrepôts estampillés LME. L’essentiel des stocks s’est donc constitué sur deux entrepôts : Vlissingen aux Pays-Bas et Detroit aux Etats Unis.
Sans contrainte de délais pour servir leurs clients, ces entrepôts organisent des files d’attente qui peuvent aller jusqu’à 11 mois, rendant très difficile l’accès à ces stocks par les industriels. L’entrepôt peut alors, grâce à sa taille croissante, attirer encore plus de stocks en proposant des primes. 70% des stocks seraient actuellement détenus par des acteurs financiers. A cette date, la situation est paradoxale car les industriels payent une prime sur le prix du LME pour obtenir de l’aluminium alors que les stocks sont pléthoriques. Cette situation problématique, qui dure depuis 2009, commence à se diffuser aux autres métaux du LME et fait l’objet d’un débat constant au sein de la Bourse londonienne entre les industriels et les établissements financiers.
Jusqu’à présent, les établissements financiers ont rejeté toutes accusations de manipulation en mettant en avant la muraille de Chine entre leurs filiales de trading et de stockage. Dans cet environnement où le «carry trade» est toujours rentable, le statu quo pourrait se prolonger jusqu’à ce qu’un facteur important, comme une hausse des taux d’intérêt, anéantisse l’intérêt de ces opérations. Avec cette épée de Damoclès, il est difficile d’envisager un rebond significatif des cours au LME, et ce d’autant plus que la filière s’organise pour contourner le système LME.
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