«Un taux de dépôt négatif pourrait faire baisser l’euro»
- L’Agefi: La BCE pourrait adopter un taux de dépôt négatif. Une telle mesure serait-elle bénéfique ?
- Xavier Chapon : Pour la BCE, ramener le taux d’intérêt de sa facilité de dépôt sous zéro serait un soutien pour l’activité économique. Théoriquement, cela peut se justifier en admettant que les banques n’aient plus intérêt à placer leurs dépôts à la BCE et les injectent dans l’économie (marché monétaire et/ou en octroyant des prêts). L’euro pourrait également baisser car les banques étrangères ne placeraient plus leurs avoirs en euro. Mais il semble que les banques soient plus inquiètes de la dégradation de la qualité du crédit et restent réticentes à prêter. Pour exemple, les taux négatifs de la banque centrale du Danemark se sont révélés inefficaces puisque les banques ont renchéri le crédit pour compenser la perte de revenu sur leurs dépôts.
- L’Allemagne a-t-elle raison de redouter un projet de rachat d’ABS par la BCE ?
- Le danger majeur que redoute l’Allemagne est le transfert du risque de crédit des entreprises porté par les banques vers la BCE dans un contexte d’augmentation des taux de défaut. Par ailleurs, les banques seront incitées à transférer un maximum de risques (aléa moral). Ces risques sont réels et l’on en connaît les conséquences outre-Atlantique. Par extension, on en arriverait à une mutualisation des risques au niveau européen et à un financement indirect des Etats puisque ceux-ci n’auraient plus à recapitaliser leurs banques, ce que l’Allemagne ne peut accepter aujourd’hui. En revanche, la participation de la BEI pour le rachat d’ABS serait une solution techniquement envisageable. Un tel programme a aussi des implications juridiques dont on ne préfigure pas, à ce stade, les conséquences au niveau européen.
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