Singapour subit de plein fouet le ralentissement de la croissance mondiale

Malgré une chute du PIB de l’île-État de 1,5% au troisième trimestre, la banque centrale a décidé ce matin de laisser ses taux directeurs inchangés
Patrick Aussannaire

Singapour flotte en eaux troubles. La banque centrale de l’île-État a surpris les marchés ce matin en laissant ses taux directeurs inchangés, malgré une contraction du PIB plus forte que prévue de 1,5% au troisième trimestre. La révision opportune à la hausse des chiffres de croissance du deuxième trimestre à +0,2%, contre une première estimation de -0,7%, a permis à l’économie d’éviter une récession technique. Suite à cette annonce, le dollar singapourien gagnait 0,5% contre le billet vert à 1,2222, portant l’appréciation à 6,1% depuis le début de l’année, soit la deuxième meilleure performance parmi les 16 principales devises, derrière le peso mexicain. «L’orientation de la politique monétaire vers l’appréciation taux de change depuis avril 2010 a permis de mettre un frein aux pressions inflationnistes» explique la banque centrale.

Une stratégie qui est cependant loin d’être garantie. «Dans la mesure où l’inflation est de plus en plus de nature domestique, nous doutons de l’efficacité de la politique de change» estime ainsi Frances Cheung, stratégiste taux et change chez Crédit Agricole CIB. La banque centrale a d’ailleurs relevé sa prévision d’inflation à 4,5% cette année. Elle est redescendue à 3,9% en août après avoir atteint 5,4% en avril dernier.

Et Frances Cheung d’ajouter que «la persistance de pressions inflationnistes et la force du dollar local serait la pire des combinaisons pour les exportateurs du pays ». Or, Singapour est une économie très dépendante des cycles du commerce international. Le secteur manufacturier subit de plein fouet le ralentissement mondial en se contractant de 3,9% au troisième trimestre, alors que le secteur des services n’a connu qu’une maigre croissance de 0,1%. «Compte tenu de la corrélation entre production industrielle et demande extérieure, la croissance au quatrième trimestre devrait être faible. Et l’orientation de la banque centrale pénalise la compétitivité et fait peser des risques sur la croissance» estime Frances Cheung.

La stratégie à Singapour se démarque de celle de Séoul, où la banque centrale (BoK) a baissé hier ses taux directeurs de 25 points de base pour les ramener à 2,75% du fait d’un ralentissement de la demande extérieure et intérieure et s’attend à une croissance de 2,4% cette année. Dans le même temps, elle a resserré sa fourchette cible d’inflation à 2,5%-3,5% pour 2013-2015, «ce qui reflète que la BoK est plus confiante dans l’efficacité de sa politique monétaire» selon Frances Cheung.

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