La France peine à muscler sa transition verte
Étape clé pour la mise en œuvre de la transition écologique et énergétique de la France, les projets révisés de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) et de la stratégie nationale bas-carbone (SNBC) ont été mis en ligne par le ministère de la Transition écologique et solidaire, lundi.
Ces deux textes, outil de pilotage énergétique à 10 ans pour le premier, et stratégie de réduction des émissions de gaz à effet de serre à moyen et long terme pour le second, étaient attendus avec impatience notamment par les investisseurs en infrastructures.
Les objectifs nationaux sur le plan énergétique y sont rappelés : la France prévoit que 23% de la consommation d’énergie devra être d’origine renouvelable dès 2020, et que d’ici 2030 les émissions de gaz à effet de serre baissent de 40% (par rapport à 1990), la consommation d’énergie finale de -20% (par rapport à 2012), la consommation d’énergie fossile primaire de -40% (par rapport à 2012), mais que l’efficacité énergétique augmente de +27% et la consommation d’énergie d’origine renouvelable atteigne 33%. Paris vise la neutralité carbone en 2050.
Selon le projet de PPE publié lundi, Paris tente d’accélérer sa baisse de consommation d’énergie d’ici 2028 avec un objectif passant de 14% à 16,5%. L’effort se rapproche de la trajectoire souhaitée, mais au-delà des chiffres le document laisse entendre que des concertations supplémentaires devront avoir lieu et la Convention citoyenne devra être entendue, souligne Anne Bringault, responsable transition énergétique pour le Réseau Action Climat (RAC). Selon elle «le gouvernement fait de l’affichage avec ce nouvel objectif de baisse de la consommation d'énergie car il n’indique pas de mesures solides pour l’atteindre alors qu’il s’agit du levier principal pour sauver le climat». Le RAC regrette également le manque d’ambition en termes de budget carbone d’ici 2023 qui passe de 398 millions de tonnes équivalent CO2 l’an à 422 millions entre 2019 et 2023, selon la SNBC.
Aucune mesure concrète pour la rénovation des bâtiments
En matière d'énergie nucléaire, la PPE confirme que «l’objectif de 50% d'électricité d’origine nucléaire dans la production électrique en 2025 apparaît impossible à atteindre», l'échéance ayant été repoussée à 2035. Concernant l'éolien offshore, les chiffres semblent plus flatteurs qu’auparavant avec une fourchette cible qui passe de 4,7-5,2 GW à 5,2-6,2 GW d’ici 2028. En revanche, l’Etat décélère légèrement en matière d'éolien terrestre, les objectifs d’ici 2023 passant de 24,6 GW à 24,1 GW.
S’agissant de la production de biogaz, la baisse tendancielle du prix d’achat, dangereuse pour cette filière encore très peu industrialisée, est adoucie. Le prix du mégawatt heure serait de 75 euros au lieu de 67 euros à court terme, l’objectif étant d’arriver à 60 euros en 2028.
Autre déception pour le RAC, l’absence de mesures concrètes concernant la rénovation des bâtiments, avec un écart entre les orientations (500.000 rénovations par an évoquées) et les dispositifs qui seraient nécessaires pour y parvenir, notamment réglementaires et d’incitation.
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