Berlin s’autorise une critique sévère de la politique monétaire américaine
L’Allemagne dénonce le discours fallacieux des Etats-Unis. Affaiblis dans sa suprématie économique par la crise économique et par la montée en puissance vertigineuse des pays émergents et notamment la Chine, les Etats-Unis essuient des critiques de plus en plus nombreuses et virulentes sur son modèle économique et ses conséquences sur l’équilibre économique international. Cette fois, c’est le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, qui est monté au créneau, lors de la réunion à Kyoto, au Japon, des ministres des Finances de l’APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation), en pointant du doigt les dangers du modèle économique américain et l’hypocrisie de son discours sur les changes.
Alors que les élections de mi-mandat ont levé un voile de critiques internes sur l’efficacité de la politique de relance budgétaire orchestrée par Barack Obama, Wolfgang Schäuble a fait part publiquement de ses inquiétudes quant à la décision de la Fed d’injecter quelque 600 milliards de dollars dans l’économie. Estimant le modèle de croissance américain en «crise profonde», il a ajouté que la politique américaine «rendait l’équilibre raisonnable entre pays industrialisés et pays émergents plus difficiles et portait ainsi atteinte à la crédibilité de la politique américaine».
Mais c’est sur le thème de la fameuse guerre des changes que le ministre allemand s’est montré le plus virulent dans ses attaques, qualifiant le discours américain d’hypocrite, il a estimé dans un entretien au journal Der Spiegel qu’il «n’était pas acceptable que les Etats-Unis accusent la Chine de manipuler ses taux de change alors qu’ils maintenaient eux même de manière artificielle le dollar à un faible niveau avec le concours de la planche à billet de la Fed».
Pris entre l’enclume et le marteau des disputes sino-américaines sur le niveau des taux de change, l’euro connaît une irrésistible ascension (à 1,395 dollar) qui pèse sur les perspectives de reprise de la zone euro, affaiblie par la crise de la dette souveraine et par les conséquences des politiques de rigueur sur sa demande intérieure. Cette attaque surprise venant d’un pays, au discours officiel d’habitude si mesuré, pourraient annoncer une levée de boucliers européenne à quelques jours de la tenue du sommet du G20 de Séoul, alors que les Etats-Unis et la Chine avaient fait un effort pour calmer le jeu.
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