Quelle finance pour l’Europe ?
L’Europe a un sérieux problème avec sa finance. Ce n’est pas nouveau, mais la situation empire. Dans les prochains mois, une avalanche de réglementations va s’abattre sur les banquiers, assureurs et gérants d’actifs, qui sonneront pour eux comme autant de contraintes supplémentaires. MIF 2, DSP 2, IFRS 9, GDPR… : derrière ces sigles se profilent des changements radicaux qui modifieront les modèles économiques des acteurs, leurs systèmes d’information et leur gouvernance, leurs rapports à la donnée, la prise en compte de leurs risques, leurs relations avec la clientèle, enfin leur environnement concurrentiel par un abaissement drastique des barrières à l’entrée. A cela, on peut penser que s’ajoutera ce jeudi la finalisation du processus dit de « Bâle 3 », que les banques appellent « Bâle 4 » non sans raison, puisque la remise en cause des modèles internes marquera en fait un retour à un épisode précédent de la « saga de Bâle ».
Ces événements ont un point commun, celui de concerner prioritairement, voire exclusivement, les acteurs européens. Certes, des régulations, comme MIF 2 ou GDPR, ont été conçues dans une logique extraterritoriale ; les entités américaines seront priées de s’y conformer, la question demeurant de savoir dans quelle mesure elles le feront. Mais d’autres, comme la directive sur les paiements, ne concerneront pas la partie américaine, pas plus qu’IFRS 9, les Etats-Unis n’appliquant pas les normes comptables internationales. Quant à la finalisation de Bâle 3, elle ne concernera que marginalement leurs banques au modèle économique fondé sur les financements de marché. La conséquence est simple : dans la compétition mondiale qui s’intensifie dans la finance, les concurrents américains pourront continuer à faire la course en tête. Les décisions prises par l’administration Trump comme les signaux qu’elle adresse vont tous dans le sens d’un allègement des contraintes. Le futur président de la Réserve fédérale Jerome Powell entend y contribuer. Il a déclaré au Congrès que la régulation financière américaine était « bien assez dure comme ça ».
Or si l’Europe régule beaucoup, elle réforme peu. Les exemples concrets abondent, depuis les entraves aux opérations transfrontalières les plus essentielles, touchant par exemple à la gestion de la liquidité intra-groupe, jusqu’au risque souverain dans le bilan des banques qui attend toujours son traitement prudentiel. Plus globalement, les visions étroites des Etats membres expliquent l’enlisement de l’Union bancaire et le piétinement de l’Union des marchés de capitaux, déjà bien maigrichonne. Une consolidation des groupes européens pourrait renforcer leur rentabilité et leurs perspectives de croissance. La BCE l’appelle de ses vœux mais son discours est-il compatible avec sa pratique et avec les règles systémiques s’appliquant aux banques ? Quelle finance l’Europe veut-elle enfin ? Après dix ans de crise, un secteur aussi capital pour son avenir est en droit d’attendre à cette question autre chose que des vœux pieux ou des déclarations d’intention.
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