Pékin mise sur sa demande intérieure pour absorber la hausse du yuan

La forte augmentation des importations a tiré l’excédent commercial chinois vers le bas à 13,1 milliards de dollars après 22,9 milliards en novembre
Patrick Aussannaire

«Tout gros mensonge a besoin, pour passer, d’un détail bien circonstancié», écrivait Prosper Mérimée. A une semaine de la visite d’Etat aux Etats-Unis du Président chinois, Hu Jintao, l’excédent commercial chinois est opportunément ressorti en forte baisse au mois de décembre à 13,1 milliards de dollars, contre 20,8 milliards anticipé par les opérateurs et 22,9 milliards atteints en novembre. Sur l’ensemble de l’année 2010, la balance commerciale chinoise accuse son deuxième repli annuel consécutif de 6,4% à 183,1 milliards.

Si les exportations ont progressé de 17,9% en rythme annuel à 154,2 milliards de dollars, la croissance des importations a été nettement plus rapide (de 25,6% à 141,1 milliards). Les importations ont été tirées par la hausse des prix des matières premières mais également par le dynamisme de la demande domestique. Les investissements notamment urbains restent dynamiques selon Aurel BGC, alors que les ventes au détail ont progressé de 18,7% sur un an en novembre, malgré la suppression des mesures d’incitation à consommer mises en place durant la crise. En outre, les provinces de Beijing et Jiangsu ont décidé de relever le salaire minimum de respectivement 21% et 19% au 1er janvier 2011 à 1.120 (130 euros) et 1.140 renminbis par mois, et ceci malgré une inflation qui a atteint 5,1% en novembre. En 2010, le salaire minimum avait déjà été augmenté en moyenne de 23% dans 28 provinces.

La forte dépendance de la Chine au commerce extérieur pousse les autorités à effectuer des réformes structurelles visant à rééquilibrer les déterminants de sa croissance vers la consommation domestique. Une appréciation de plus de 10% du taux de change réel effectif chinois pourrait conduire à une contraction du secteur exportateur chinois qui emploie plus de 70% de sa population active, selon la société de gestion GaveKal. D’où la volonté de Pékin d’éviter une appréciation trop rapide du yuan et de mener parallèlement des réformes structurelles afin de pouvoir absorber rapidement une réappréciation de sa devise.

Dans le contexte où le yuan est revenu vers 6,63 (pour un dollar) depuis le début de l’année, ces chiffres ne changent pas le rapport de force sino-américain sur la question des taux de change. Certes, ils fournissent à Pékin un argument opportun, mais Washington devrait rester ferme, d’autant qu’il a trouvé dans le Brésil un allié supplémentaire.

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