Paris veut infléchir le cours de la politique économique européenne
La «contribution française» au sommet européen qui s’ouvre ce soir en Belgique comporte quelques bombes susceptibles de relancer le conflit entre Nord et Sud sur l’orientation à donner à la politique économique en Europe. Paris propose un «programme d’investissement à 5 ans» évalué à 2% du PIB par an, soit le double du budget de l’Union européenne. Alors que l’endettement public dans la zone euro dépasse de plus de 30 points de PIB la limite de 60% fixée par le traité, la France recommande une «utilisation maximale des souplesses offertes par le pacte de stabilité et de croissance». Plusieurs autres leviers seraient actionnés : une meilleure «orientation de l’épargne privée» et une «modification des législations prudentielles» des banques et des assurances, «une nouvelle phase de project-bonds» avec «si nécessaire, une nouvelle recapitalisation de la BEI» qui devrait, selon une source élyséenne, «prendre plus de risques».
Le projet d’«agenda stratégique» préparé par la présidence du Conseil européen ne reprend toutefois que partiellement ces idées. S’il suggère de «répondre aux besoins d’investissement en attente» sans donner de chiffre et évoque aussi «la pleine utilisation de la flexibilité» des règles budgétaires, il recommande de «bâtir sur les efforts de consolidation budgétaire récents».
L’idée d’une «nouvelle capacité financière de la zone euro» remise sur la table par Paris ne trouve quant à elle pas sa place dans l’agenda Van Rompuy ni dans le projet de conclusions de ce sommet que L’Agefi a pu consulter. Dans le plan français, son financement s’appuierait sur des «instruments» tels qu’un «véhicule d’épargne commun à l’ensemble des citoyens européens», mais il ne précise pas comment l’épargne pourrait à la fois s’investir dans un budget zone euro et aller directement au financement des entreprises.
Pour faire avancer ses idées, jeudi soir lors du dîner des chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Huit, François Hollande veut compter sur le soutien de Matteo Renzi, le Premier ministre italien. Il mise par ailleurs sur la faiblesse de la croissance, les difficultés de la BCE à relancer le crédit et la pression des sociaux-démocrates alliés à la CDU d’Angela Merkel, pour rallier Berlin à cette politique de relance. Le débat se poursuivra sous la prochaine Commission, à la tête de laquelle les dirigeants européens devraient proposer vendredi de porter l’ancien Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker.
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