Paradis fiscaux : Bruxelles prend les Etats membres au mot
Ceci n’est pas une black list», a insisté jeudi une porte-parole de la Commission européenne en présentant le premier «tableau de bord» jamais établi par l’exécutif européen sur les juridictions fiscales non coopératives. Pour l’instant, l’exécutif s’est contenté de noter l’ensemble des juridictions fiscales en fonction de l’étroitesse de leurs liens avec l’Union européenne, de l’amplitude de leurs activités financières et d’un facteur dit «de stabilité» (attractivité en termes d’évasion fiscale, gouvernance, corruption).
Quatre-vingt pays sont pointés comme figurant particulièrement haut dans ce palmarès sur les trois critères, parmi lesquels l’Ile de Man, Jersey ou les Bahamas. Une seconde liste regroupe les pays satisfaisant au moins un de ces trois critères, dont Gibraltar et la Russie. Un effort de transparence remarquable auquel même l’OCDE, pourtant pionnière en la matière, ne s’est jamais livrée. Bruxelles a sciemment décidé d’exclure les pays de l’Union européenne estimant, qu’entre eux, la lutte contre l’évasion fiscale se poursuivait par la voie de l’harmonisation législative à Vingt-Huit.
«Nous voulons aider les Etats membres à … voir sur quelles juridictions ils veulent se concentrer», a expliqué la Commission, indiquant que le Conseil Ecofin devrait adopter «fin 2016» une «liste de pays prioritaires en vue du screening». «Le processus d’établissement de la liste en lui-même est avant tout un levier pour négocier avec certains pays afin qu’ils changent leurs pratiques», explique Agnès de l’Estoile Campi, avocate associée au bureau Francis Lefebvre. Les discussions avec ces premiers «élus» commenceraient donc sous la menace d’une inscription sur la liste dont la publication est annoncée pour fin 2017.
Les négociations sur la pré-liste et sur les critères seront menées en parallèle
Le chemin à parcourir avant d’arriver à une liste commune est colossal. Outre l’établissement d’une première liste de pays avec lesquels engager le dialogue, les Etats membres devront rechercher un consensus sur les critères de risque, comme l’existence de régimes néfastes, un taux d’imposition zéro ou négligeable ou encore la lutte contre le blanchiment, qui permettront d’affiner la notation des pays. «Les deux négociations (sur la préliste et sur les critères) seront menées en parallèle», indique une source à la Commission européenne qui assure le secrétariat du groupe «Code de conduite» chargé de mener ces travaux.
Autre sujet pendant devant les ministres et leurs experts : les conséquences d’une inscription sur cette liste. «On ne sait pas à ce stade quelle sera la force contraignante de cette liste», explique Agnès de l’Estoile Campi. En France, l’inscription a des effets directs notamment sur les prélèvements à la source sur les revenus dirigés vers les juridictions blacklistées. Au niveau européen, deux pistes se dessinent. D’une part le projet d’harmonisation de la base d’imposition des sociétés pourrait intégrer un régime punitif en cas de transferts vers les paradis fiscaux. Un texte est attendu cet automne.
Par ailleurs, la proposition de directive européenne sur le reporting pays par pays, présentée au printemps, prévoit déjà un régime particulier pour ces juridictions puisque les multinationales seraient tenues aux mêmes obligations de transparence dans leurs relations et leurs activités dans ces pays non recommandables qu’avec les Etats membres de l’Union européenne, alors qu’elles pourraient consolider les informations concernant le reste des pays tiers.
A Bruxelles, on s’attend à ce que les législateurs - conseil Ecofin et députés européens – poursuivent leur travail dans le courant de 2017.
Plus d'articles du même thème
-
Un tiers des successions des dirigeants du SBF 120 en 2025 n’était pas planifié
La succession des directeurs généraux est devenue une priorité permanente de gouvernance. Une bonne préparation dépend de la qualité de la relation du conseil avec le dirigeant en place. Quand ce dernier est doté d’une forte personnalité, la gestion de la succession risque d’être plus complexe. -
Les fabricants de puces forcent la porte du «club des 1.000 milliards» en Bourse
Mardi, Micron a franchi pour la première fois la barre des 1.000 milliards de dollars de capitalisation boursière après qu'UBS a presque triplé son objectif de cours. Mercredi, le sud-coréen SK Hynix lui a emboité le pas. -
Les 3M, ces trois freins à la guerre qui n’ont plus d’effet
La pression sur Donald Trump liée aux élections de mi-mandat, aux marchés et aux munitions (les 3M) devait aboutir à une désescalade rapide du conflit en Iran, et guider des arbitrages qui n’ont pas vraiment eu lieu sur les marchés financiers. De quoi craindre un potentiel enlisement. -
Inetum accompagne la Banque d'Espagne sur l'euro numérique
Même si le vote de l'euro numérique à Bruxelles est retardé, les travaux sur sa version pilote sont déjà enclenchés. Alors que l'appel à candidatures pour les PSP vient seulement de se terminer pour la Banque de France, la Banque d'Espagne avance avec le français Inetum. -
La Cour des Comptes prescrit des économies en urgence à la Sécurité sociale
En présentant leur rapport sur le financement de la protection sociale, les magistrats ont insisté sur la nécessité de mettre en œuvre des mesures d’économies pendant qu’il est encore temps. -
Face au choc agroalimentaire qui se prépare, l’Europe décide de soutenir ses agriculteurs
Un plan assurant les approvisionnements en engrais a été adopté par le Conseil européen, alors que la FAO prévoit une crise alimentaire dès cette année en Afrique et en Asie.
ETF à la Une
La Bourse de Corée lance des ETF à levier sur Samsung et SK Hynix
- La réplication synthétique dévoie la vocation du PEA
- L'Esma propose deux candidatures pour sa présidence
- Pierre Séquier (Exane AM) : «L'Europe germanophone constitue un objectif pour notre développement»
- Indépendance AM lance une part ETF sur son fonds Europe Mid
- L’essor de la gestion passive continue de soutenir l’industrie des indices en 2025
Contenu de nos partenaires
-
Ce qui nous attend« Avec l'IA, les entreprises vont avoir besoin de beaucoup d’experts à la croisée du juridique et de la tech »
Pour Vincent Huguet, cofondateur et CEO de Malt, le besoin de conformité à venir des entreprises pour satisfaire aux règlementations européennes va faire naître de nouveaux métiers, à l'image des délégués à la protection des données (DPO) lors du RGPD. -
InnovationNouvelles techniques de génétique végétale : les députés européens à l'heure des choix
Le cadre réglementaire européen pour les « nouvelles techniques génomiques » (NGT) de sélection variétale est entré dans sa dernière ligne droite, avec des oppositions farouches -
« C’est une capitulation » : la mise en garde de Bruno Retailleau au gouvernement sur l'immigration de travail
Interrogé par l’Opinion, le candidat des Républicains à la présidentielle dénonce la tentation de desserrer les critères de régularisation. « Comme d’habitude, le gouvernement risque de se coucher devant les injonctions de la gauche, accuse-t-il. Il ne cherche qu’une occasion d’ouvrir les vannes »