Moody’s sème le doute sur la perspective du « Aaa » français
L’agence a annoncé qu’elle allait surveiller et évaluer le caractère stable de la perspective du « Aaa » français dans les trois prochains mois
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Patrick Aussannaire
Moody’s a annoncé cette nuit sa décision de mettre sous revue la perspective du «Aaa» français. «Au cours des trois prochains mois, Moody’s va surveiller et évaluer cette perspective stable, au regard des progrès effectués par le gouvernement pour mettre en œuvre» les mesures annoncées de réduction du déficit budgétaire, souligne l’agence de notation dans son rapport annuel sur la note de crédit de la France.
La solidité financière du pays s’est dégradée à cause de la crise, faisant de la dette française la plus fragile des nations notées «Aaa», selon Moody’s. L’agence cite nommément les risques d’un éventuel soutien de la France aux pays européens en difficultés et à ses banques. «La France pourrait faire face à un certain nombre de défis dans les mois à venir, comme par exemple la nécessité d’apporter un soutien additionnel à d’autres pays européens ou à son propre système bancaire, ce qui pourrait accroître de manière significative les engagements que doit supporter le budget du pays».
Les marchés commençaient déjà à douter de la capacité de la France à faire face à un défaut grec et à un affaiblissement de son secteur bancaire. Les CDS français sont passés d’une moyenne de 84 bp au premier semestre à 181 bp hier. Autre signe, le spread entre les taux 10 ans français et allemands a atteint 96 bp hier, soit son plus haut niveau depuis 1995. «Significativement, l’envolée récente du spread entre OAT et Bund s’est faite conjointement avec une hausse des taux allemands, ce qui suggère que les ventes de titres français par les investisseurs étrangers deviennent substantielles» estime la société de gestion GaveKal. Or, 66% de la dette échangeable française (870 milliards d’euros sur 1.300 milliards) est détenue par des non résidents.
Côté banques, une hausse du ratio core Tier 1 de 5 à 9% imposée par l’Autorité bancaire européenne pour réussir les stress tests impliquerait une recapitalisation des banques françaises de 43 milliards d’euros (soit 2,2% du PIB) selon Credit Suisse et augmenterait la dette de la France de 86,2 à 88,4% du PIB. Sans compter qu’une pression sur la note française met également une pression sur celle du EFSF. Lueder Gerken, responsable du Centre pour la politique européenne, estime dans le Rheinische Post qu’une baisse de la note française baisserait la capacité du EFSF de 35% et l’Allemagne devrait voir sa garantie passer de 211 à 317 milliards d’euros.
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