Monier teste les limites du marché de la dette à haut rendement
Emblème des excès du LBO, le spécialiste des matériaux de couverture veut lever 415 millions d’euros, deux ans après une émission ratée
Publié le
Alexandre Garabedian
Jusqu’où ira l’engouement pour la dette obligataire à haut rendement ? Emblème de l’éclatement de la bulle du LBO après 2007, le fabricant de tuiles Monier prépare un appel au bouillant marché high yield européen. La société, basée en Allemagne et implantée en France, a débuté vendredi une série de présentations aux investisseurs qui s’étaleront jusqu’au 9 avril.
Epaulée par Goldman Sachs et Deutsche Bank, avec BNP Paribas et JPMorgan en second rang, l’entreprise compte lever 415 millions d’euros à 2020, dont une grosse moitié à taux variable.
Un retour réussi sur le marché constituerait une vraie performance, tout en repoussant les limites de l’appétit pour le risque des investisseurs. Monier est un crédit difficile dans un secteur très cyclique. Acquis par PAI Partners en 2007 avec 1,8 milliard de dette, l’ex-Lafarge Roofing est passé deux ans plus tard sous le contrôle de ses créanciers, dont Apollo et Towerbrook, ce qui a provoqué au passage l’éviction des deux dirigeants du fonds de private equity français. En mai 2012, la société a raté une émission obligataire de 250 millions, qui s’inscrivait dans le cadre d’un projet de restructuration de dette.
L’an dernier encore, Monier a refait parler de lui. Pour obtenir le rallongement des maturités de ses emprunts, l’entreprise a fait appel aux tribunaux londoniens à travers une procédure de «scheme of arrangement». Celle-ci lui a permis en novembre de mettre en œuvre l’extension demandée, avec l’accord de 75% des créanciers au lieu des 90% requis dans sa documentation de prêt. Une dette que Monier compte aujourd’hui refinancer: outre les 415 millions d’obligations, le projet prévoit le renouvellement d’une ligne de crédit renouvelable de 100 millions à 2020, et un prêt (term loan B) de 150 millions.
L’entreprise bénéficie d’une position de leader dans les matériaux de couverture, mais aussi d’une restructuration lancée en 2013 qui lui a permis d’abaisser son point mort et sa consommation de cash. La marge d’Ebitda est passée de 10% à 12,9% en un an à fin 2013, estime Fitch, qui note les obligations B+. Après une baisse de 6,6% des revenus l’an dernier, Monier espère bénéficier du redressement de certains marchés du BTP, comme au Royaume-Uni, alors que la France reste dans une conjoncture difficile.
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