MIF2, quand l’Europe fixe les règles
Il y a longtemps que l’Europe n’avait pas donné le tempo sur les marchés. Or c’est ce qu’elle s’apprête à faire avec l’entrée en vigueur de MIF2 le 3 janvier. La portée de corps de règles n’est pas toujours appréciée au-delà de ceux qui suent ces jours-ci sang et eau pour s’y conformer. Ce n’est que récemment qu’hors d’Europe, son caractère refondateur a été perçu et que l’analyse de ses conséquences sur l’industrie des marchés s’est imposée comme une urgence. Alors que MIF1 visait largement à aligner les pratiques européennes sur celles déjà en vigueur outre-Atlantique, MIF2 impose à l’industrie financière une révolution, conçue pour mettre un point final à la crise financière récente. Pour les professionnels dont la vie est centrée sur l’investissement et la transaction, il n’est pas exagéré de dire qu’il y aura un avant et un après MIF2.
Tous les métiers qui s’y rattachent vont voir, partout dans le monde, leurs conditions d’exercice bouleversées : gérants d’actifs, courtiers, banques, plates-formes d’échanges et Bourses traditionnelles, chambres de compensation… Tous sont invités à relever, sous peine d’être exclus du jeu, le défi de la transparence, vocable qui résume la philosophie de MIF2. Les catégories d’actifs qui échappaient à cette règle d’or, comme les obligations ou les dérivés OTC, vont rentrer dans le rang ; les données relatives au trading, les coûts d’exécution, les coûts de la recherche financière pour ne citer qu’eux devront être clarifiés et non plus camouflés au plus opaque des comptes des acteurs, là où se faisait naguère la profitabilité, à l’abri de la concurrence. Cela impliquera pour chacun de repenser sans complaisance son modèle, avec beaucoup d’inconnues qui demeurent pour certains d’entre eux, des spécialisations à prévoir et parfois des ruptures à la clé ; cela s’accompagnera d’un regain d’influence des régulateurs dont il reste à savoir, d’ailleurs, comment et par qui sera assuré le financement nécessaire à l’accomplissement de leurs nouvelles tâches.
Pour aborder ce virage, tous les acteurs ne sont pas logés à la même enseigne. En Europe continentale et notamment en France, il a été largement balisé par les directives Ucits et AIFM, et sera donc plus facile à prendre que pour ceux qui devront s’y adapter de l’extérieur. En Grande-Bretagne, où le Brexit approche, l’incertitude est totale sur l’attitude des régulateurs continentaux (voir notre Dossier Global Invest Forum) ; et aux Etats-Unis, l’industrie financière s’alarme d’un sujet qu’elle découvre et sur lequel ses régulateurs, en pleine discussion avec leurs homologues européens, ne sont pas toujours capables de lui apporter des réponses convaincantes. Mais une idée s’impose déjà à eux : pour les années qui viennent, l’Europe fixe à l’Amérique un standard élevé qui ne pourra, sans risque pour l’équivalence de ses services, être sous-estimé. Pour une fois que ce n’est pas l’inverse, on ne s’en plaindra pas.
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