Marchés actions : quelles conséquences du sevrage entamé par la Fed ?
Tout le monde le sait: les marchés actions du monde entier ont été alimentés par le tsunami de liquidités en provenance des banques centrales depuis mars 2009. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer l’évolution du S&P 500 et du bilan de la Réserve fédérale depuis cette date (cf. graphique ci-joint) : le coefficient de corrélation atteint le niveau stratosphérique de 0,97 sur la période. Le phénomène de reflation «administrée» des cours des actions est désormais bien connu: en achetant l’essentiel de l’offre obligataire sur le marché, la banque centrale américaine a détourné l’épargne privée locale vers les actions et l’immobilier dans une moindre mesure.
Ce pouvoir d’éviction a été d’une efficacité remarquable. Tout en maintenant un coût du capital historiquement faible permettant le désendettement des entreprises et surtout des ménages, les actions ont ainsi rebondi de +205% depuis leur point bas et l’immobilier de +30% depuis la fin du premier trimestre 2012. Cet interventionnisme violent de la Fed (son bilan ayant quadruplé) a donc posé les jalons d’un bull market pour les actions américaines au cours des cinq dernières années. Quid de l’avenir et des conséquences de la disparition de cet inconditionnel soutien de la banque centrale de la première économie mondiale sur la valorisation des actifs risqués ?
Il est légitime de s’interroger, au regard des niveaux de valorisation actuels : le ratio prix sur chiffre d’affaires a récemment atteint son niveau record des années 2000 et 2006 pour le S&P 500, tandis que le ratio prix sur bénéfices (PER) hors éléments cycliques n’a jamais été aussi élevé qu’aujourd’hui en dehors de la bulle sur les valeurs technologiques. Lors des deux épisodes récents où la Fed avait légèrement réduit la taille de son bilan (fin 2009 et début 2010), les marchés actions américains avaient systématiquement corrigé pour rejoindre la trajectoire dessinée par le bilan de la Fed.
Il est difficile d’imaginer qu’il en sera autrement cette fois-ci, notamment au regard des fondamentaux économiques actuels. Dans ces conditions et après des hausses respectives de +23,4%, de +13,9% et de +10,6% pour le Nikkei, l’Euro Stoxx et le S&P 500, il apparaît raisonnable de privilégier la prudence à court terme sur les actifs risqués, afin d’évaluer la véritable résilience des marchés actions dans un environnement sans soutien de la Fed.
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