Madrid se résout à un soutien européen inédit
Madrid prend enfin la mesure de sa crise bancaire, symbolisée par la chute de Bankia. Le pays s’est résolu samedi à demander à ses partenaires européens une aide qui pourrait atteindre jusqu’à 100 milliards d’euros pour renflouer ses banques. Deux éléments cruciaux pour les marchés financiers restent à fixer: le montant définitif de cesoutien à la forme inédite, et l’identité du bailleur de fonds, entre la Facilité européenne de stabilité financière (FESF) et le Mécanisme européen de stabilité(MES)qui lui succèdera en juillet.
L’Espagne a choisi la solution la plus logique et la plus rapide. Un soutien direct du MES aux banques, sans en passer par l’Etat, aurait pris des mois à mettre en œuvre et requis une modification des traités. L’aide du FESF ou du MES transitera par le Fonds de restructuration bancaire (Frob) espagnol, dont les passifs restent comptabilisés dans la dette publique. A 100 milliards d’euros, le plan d’aide alourdirait d’environ 10 points le ratio de dette sur PIB espagnol, qui doit déjà passer de 68,5% fin 2011 à 79% fin 2012 selon les projections du FMI.
Mais l’Espagne évite, pour l’instant, un programme d’aide similaire à celui de l’Irlande, du Portugal ou de la Grèce, qui l’aurait exclue du marché obligataire et forcée à des réformes drastiques. La conditionnalité des prêts sera ainsi limitée à des réformes du secteur financier. Cette procédure, possible depuis la réforme du FESF de juillet 2011, est bien balisée. L’Espagne peut prouver que ses problèmes trouvent leur source dans le secteur bancaire, et qu’elle a fait son devoir en matière de réformes structurelles ces derniers mois.
Le pays attend d’ici au 21 juin les audits de BlackRock et Oliver Wyman pour chiffrer les besoins de ses banques et fournir une liste d’institutions en détresse – environ 30% du secteur, selon le gouvernement. Une demande formelle d’aide sera faite dans les prochains jours, et son suivi effectué par la Commission européenne, la BCE et l’Autorité bancaire européenne (EBA).
Reste à connaître la réaction des marchés. Premier point, «la taille du prêt doit être assez grande pour convaincre les marchés que le problème des banques est traité de manière crédible, mais sans risquer de compromettre le caractère soutenable de la dette», estime Gilles Moec, économiste chez Deutsche Bank. En moyenne, les économistes estiment les besoins de recapitalisation à 70-80 milliards d’euros. Dans son rapport publié vendredi soir, le FMI les chiffre au minimum à 40 milliards.
Deuxième point, qui du FESF ou du MES débloquera les fonds? Les prêts du premier sont pari passu, alors que le second aura un statut de créancier privilégié. Un élément essentiel pour que l’Espagne puisse continuer à vendre sa dette aux investisseurs sans que ceux-ci ne craignent d’être relégués au second rang. Le choix est compliqué par la demande de la Finlande ce week-end, qui souhaite protéger sa contribution avec du collatéral si le FESF est le prêteur.
Ce plan d’aide d’un nouveau genre devrait enfin relancer les débats sur la taille et l’efficacité des pare-feu européens. Pour Eric Dor, directeur de la recherche de l’Ieseg, l’Espagne pourra difficilement continuer à garantir les emprunts du FESF, qui reposeraient alors à 80% sur l’Allemagne, la France et l’Italie. Le véhicule pourrait alors devoir se financer plus cher. Quant à l’Irlande, qui n’a pu bénéficier fin 2010 d’un tel soutien allégé, elle pourrait être d’autant plus tentée de renégocier son programme d’aide.
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