L’orage sur les émergents vire à la tempête
La montée des tensions en Syrie et au Moyen Orient a fini d’assommer des pays émergents déjà étourdis par les retraits massifs de capitaux subis depuis 3 mois en anticipation du resserrement de la politique de la Réserve fédérale. Symbole de cette crise, la roupie indienne a touché ses plus bas niveaux depuis 20 ans par rapport au dollar. La livre turque est aussi dans le tourbillon. La hausse des prix du pétrole, au plus haut depuis 6 mois à 117 dollars, menace d’accroître les déficits courants de ces pays et d’aggraver les déséquilibres de leurs économies.
L’Inde importe par exemple 80% de ses besoins énergétiques. Au cours des sept premiers mois de l’année, ses importations de pétrole lui ont déjà coûté 14,2 milliards de dollars. Le ministre indien de l’Energie a promis hier de présenter un plan d’économies mi-septembre. Mais cela ne suffira pas à rétablir le déficit courant du pays. Celui-ci devrait encore représenter près de 4,5% du PIB cette année, selon Citigroup. La hausse des prix de l’or, autre poste coûteux pour l’Inde, ajoute aux tensions. Face à ces vents contraires, les nouvelles mesures de restrictions des importations, prolongées jusqu’en mars 2014, paraissent insuffisantes. Dans ce contexte, les investisseurs rapatrient sans ménagement leurs capitaux. Plus d’un milliard de dollars ont fui les marchés actions indiens en une semaine. Les retraits sur la dette dépassent 3 milliards de dollars en deux semaines.
Le calcul des investisseurs se décline sur tous les autres pays émergents. L’indice MSCI Marchés émergents a perdu 334 milliards de dollars de capitalisation boursière en un mois et près de 1.000 milliards depuis le début de l’année. Le rand sud-africain est tombé à un plus bas niveau depuis quatre ans et demi. Même la Russie, pays pourtant exportateur de pétrole, essuie la tempête. Moscou a été contraint d’annuler hier une vente d’obligations d’un montant pourtant limité. Un seul acheteur potentiel s’était présenté sur le marché.
En pleine bourrasque, la livre turque a également poursuivi sa glissade hier sous l’effet des retraits de capitaux et d’un déficit courant qui frôle déjà les 7% du PIB. La récente décision de la Banque centrale de Turquie de remonter ses taux directeurs la semaine dernière «démontre la vulnérabilité du pays aux mouvements de capitaux», reconnaissent les analystes de Fitch, alors que l’économie turque est en phase de ralentissement. Un effet de ciseaux redoutable, car la Turquie, et les autres pays, «vont certainement devoir contraindre leur demande domestique pour réduire leurs déficits courants», soulignent les économistes de Citigroup, avec les effets funeste que cela pourrait engendre sur la croissance.
Hier, Dilma Rousseff, la présidente brésilienne, a réaffirmé la capacité du pays à combattre la chute du réal, qui atteint 15% depuis la première évocation en mai du ralentissement possible du programme de rachats d’actifs de la Réserve fédérale. Elle a rappelé que le Brésil encore de 372 à 378 milliards de dollars de réserves de change. En annonçant la semaine dernière être prête à consacrer 60 milliards de dollars supplémentaires pour soutenir sa monnaie, la banque centrale du Brésil a réussi à enrayer son déclin. Le réal a repris 4% en une semaine. Une stratégie coûteuse que tous les pays ne peuvent pas s’offrir. La Turquie ne dispose que de 109 milliards de dollars de réserves.
{"title":"","image":"80076»,"legend":"L'\u00e9volution des devises \u00e9mergentes (28 ao\u00fbt 2012-28 ao\u00fbt 2013)»,"credit":""}
Plus d'articles du même thème
-
TotalEnergies pourrait doublement profiter de la guerre au Moyen-Orient
Le PDG du pétrolier, Patrick Pouyanné, s’attend à ce que le prix du baril demeure durablement élevé en raison de cette crise qui devrait en outre inciter les Etats à renforcer leurs capacités en matière d'énergies renouvelables. Un domaine où le groupe français est également actif, contrairement à la plupart de ses pairs. -
Le Crédit Mutuel vante la banque à réseau pour concéder l'inévitable passage au digital
A Strasbourg, l'assemblée générale annuelle de la fédération du Crédit Mutuel Centre Est Europe, le navire amiral du groupe, est une grand-messe destinée à mobiliser les élus et les salariés. Le digital, l'IA et la concurrence des néobanques ont émaillé tous les discours. -
Les spécialistes des taux actent le resserrement monétaire
Les panélistes interrogés par L’Agefi anticipent dorénavant deux hausses de taux de la Banque centrale européenne (BCE), et potentiellement une pour la Banque d’Angleterre (BoE). Ils confirment également que la Fed ne devrait plus baisser les siens, ce qui fait remonter les taux longs. -
Wall Street est porté par la tech et des résultats survitaminés
Les marchés actions ont effacé la correction de mars pour repartir à l’assaut des sommets, notamment Wall Street, portés par une vague de bénéfices exceptionnels et une forte révision à la hausse des perspectives, grâce à l’IA. Mais cette euphorie ne doit pas occulter les nombreux risques encore à l’œuvre. -
Les gestions reviennent avec confiance vers les actions
Les actions pèsent de nouveau la moitié du portefeuille du Panel Allocation. Ce regain s'opère au détriment de l’obligataire et du cash. -
Les gérants crédit continuent de miser sur le portage
Le Panel Crédit de L’Agefi reste prudent, compte tenu du niveau serré des spreads mais continue de jouer la classe d’actifs pour son rendement, soutenu par la hausse des taux.
ETF à la Une
La Bourse de Corée lance des ETF à levier sur Samsung et SK Hynix
- LBP AM et La Financière de l’Echiquier annoncent leur projet de fusion
- Sanso Longchamp AM gagne pour la première fois l'Alpha League Table
- Pierre Séquier (Exane AM) : «L'Europe germanophone constitue un objectif pour notre développement»
- Des investisseurs nordiques veulent empêcher le retour des forages arctiques
- Claire Bourgeois : «Les crises permettent de révéler le meilleur de chacun»
Contenu de nos partenaires
-
Stress test« Poutine joue la surenchère » : la Russie maintient sa stratégie de la tension aux frontières de l’Europe
En Roumanie, dans les pays baltes ou en Finlande, des incidents impliquant des drones se sont poursuivis ces dernières semaines -
Choix publicsPermanence, rémanence, émergence : la grille oubliée de l’action publique – et ses illusions
La puissance publique a échoué, non parce que le monde actuel serait ingouvernable, mais parce qu'elle continue à vouloir administrer plutôt qu'accompagner et s’obstine à croire qu'une société complexe peut être dirigée comme une organisation hiérarchique -
Anniversaire du PlanClément Beaune : « Je rêve d’une troisième voie entre un autoritarisme vertical et un libéralisme débridé »
A la tête de l'organisme parfois critiqué pour son manque d'utilité, Clément Beaune propose de revenir aux « lois de plan » pour fixer les grandes orientations du pays, au-delà des sujets de très court terme