L’opération « Twist » de la Fed se concentre sur l’immobilier
Les nouveaux achats de MBS doivent faire baisser les taux hypothécaires, qui sont remontés récemment malgré la diminution des rendements américains
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Patrick Aussannaire
Le «Twist» de la Fed est une opération à double tranchant. Si l’annonce d’un programme de 400 milliards de dollars destiné à céder d’ici la fin juin 2012 des titres d’Etat de maturité inférieure à 3 ans pour acheter des titres de 6 à 30 ans était largement anticipée, il comporte quelques bonnes surprises.
En effet, 30% des rachats seront concentrés sur la partie 20-30 ans de la courbe, soit 92% des émissions attendues du Trésor sur ces maturités, selon les calculs de HSBC. Mais la Fed prévoit surtout de nouveaux achats sur le marché des titres hypothécaires (MBS) afin de soutenir les prêts immobiliers et sans modifier la taille totale de son portefeuille de titres hypothécaires. Les MBS et les obligations émises par les agences hypothécaires arrivant à maturité ne seront plus investis en Treasuries, mais de nouveau dans des MBS. Le but est de faire converger les taux hypothécaires, qui sont remontés récemment malgré les anticipations de l’opération « Twist », et ceux des obligations d’Etat. Et d’enfin sortir le marché immobilier américain de cinq années de crise.
«Ce programme devrait permettre d’apaiser les tensions sur les taux longs et de créer des conditions de financement plus accommodantes» indique le communiqué. Avec un taux 10 ans à 1,75% et un 30 ans tombé à 2,86%, soit 35 bp de plus que son niveau post Lehman Brothers, les marges de manœuvre sont cependant limitées. Des niveaux qui ont bénéficié au taux hypothécaire à 30 ans, à 3,5%, et au rendement des titres corporate «AAA» et «BAA», à respectivement 4% et 5,3%.
Le programme mise tout sur la relance de la distribution de crédit par les banques commerciales. Or «il n’est pas sûr que le discours de la Fed milite pour un repli de la perception du risque de crédit par les banques» estime Aurel BGC. Les économistes de HSBC rappellent qu’avec la chute des prix immobiliers, de nombreux ménages doivent rembourser plus que ce que vaut leur maison: « cela signifie que près de 10% des ménages ne veulent pas ou sont incapables de vendre leur bien, quel que soit le niveau des taux». Déjà stressées par des niveaux élevés de créances douteuses sur l’immobilier, les banques américaines ne devraient donc guère assouplir leur politique d’octroi de crédit. Elles ont d’autant moins intérêt à le faire que l’aplatissement de la courbe des taux engendré par le «Twist» rogne leur rentabilité.
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