Londres entretient le flou autour du Brexit
A treize mois du Brexit, le Royaume-Uni commence enfin à préciser sa vision de la relation particulière qu’il espère entretenir avec ses partenaires européens. David Davis, le ministre britannique du Brexit, a plaidé mardi pour un système de reconnaissance mutuelle, où les deux parties seraient d’accord pour converger vers de grands principes, comme la protection du consommateur ou la stabilité financière, tout en choisissant chacun leur voie pour atteindre ces objectifs. Promis juré, le Royaume-Uni ne prendra donc pas le chemin du dumping réglementaire, comme le craint l’Union européenne. Et grâce à ce système, Londres espère bien sûr conserver le plein accès de son industrie et surtout de ses services financiers au marché unique.
Les propositions britanniques doivent encore être affinées jeudi, lors d’une réunion du gouvernement, avant que le Premier ministre Theresa May ne prononce un grand discours la semaine prochaine. A ce stade, le projet apparaît bien brumeux. Le camp du Brexit semble vouloir conserver tous les avantages de l’appartenance à l’Union européenne sans en garder les contraintes. La capacité des Britanniques à négocier de tels avantages paraît d’autant plus limitée que le parti de Theresa May est toujours aussi divisé sur la stratégie à mener. Un dossier illustre à lui seul l’ampleur du chantier: l’Irlande, qui ne veut pas être coupée en deux par une frontière physique, pourtant inéluctable si le Royaume-Uni et donc l’Irlande du Nord quittent l’union douanière. Londres a été incapable jusqu’à présent d’apporter une réponse à cette contradiction.
Tout se passe en fait comme si les partisans du Brexit misaient sur la peur du chaos après mars 2019 afin d’arracher à l’Union européenne des concessions de dernière minute. Les officiels européens ne cessent de répéter pourtant qu’ils ne laisseront pas le Royaume-Uni faire son marché. Ils invitent calmement les acteurs économiques à prendre leurs dispositions au cas où les négociations de sortie échoueraient. Espérer le meilleur mais se préparer au pire, telle est aujourd’hui l’ardente obligation des décideurs économiques.
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