L’ombre de Bernard Madoff plane toujours au-dessus de la gestion genevoise
Triste anniversaire sur les rives du Lac Léman. Selon Eurekahedge, l’encours des fonds de fonds alternatifs basés à Genève a chuté de 60% à fin octobre par rapport à la semaine précédant l’arrestation de Bernard Madoff le 11 décembre 2008, il y a tout juste deux ans, pour s’élever à 14,8 milliards de dollars.
Et les ravages provoqués par l’escroc américain ne sont pas terminés pour ces fonds de hedge funds ayant pâti de la perte de confiance de la part de leurs clients. Ces derniers se passent aujourd’hui plus volontiers des services de maîtrise du risque vantés par les fonds de fonds en sélectionnant directement les gérants. Pour Drago Indjic, responsable de projet auprès du centre de recherche sur les hedge funds de la London Business School, interrogé par Bloomberg, «les fonds de fonds ne vont ni exploser ni imploser, mais lentement perdre de leur substance, mis à mort par des milliers de coups successifs». Aux yeux de Stéphane Benbassat, associé de la banque Genevalor Benbassat & Cie, il est tout du moins « trop tôt pour évoquer une reconstruction du secteur».
Yves Mirabaud, dirigeant éponyme de la banque privée genevoise presque bicentenaire qui s’est targuée d’une absence d’exposition à l’affaire Madoff, se désole que bien souvent les structures de gestion de taille modeste ne puissent supporter le coût d’une surveillance efficace des fonds au sein desquels elles investissent en tant que fonds de fonds.
Pour autant, les moyens dont disposent a priori certains n’ont pas suffi pour éviter les faux pas, l’escroquerie Madoff ayant coûté 65 milliards de dollars aux investisseurs. L’Union Bancaire Privée (UBP) par exemple, sans avoir à admettre la moindre faute conformément à la procédure en vigueur outre-Atlantique, a accepté ce mois-ci de verser 500 millions de dollars pour mettre fin aux poursuites du liquidateur de la société de gestion de Bernard Madoff. Sur deux ans à fin juin dernier, les actifs en fonds alternatifs de la banque ont fondu de 71% à 17 milliards de francs suisses.
Mais le malheur d’un grand nombre constitue une opportunité pour d’autres, à l’image d’une collecte nette positive enregistrée par Pictet & Cie ou par l’ouverture cette année de bureaux genevois par les gestionnaires alternatifs Brevan Howard et Bluecrest Capital Management, deux mastodontes de la gestion alternative à l’échelle européenne.
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