L’Italie face au verdict du marché

Rome teste l’appétit des investisseurs au lendemain de l’arrivée aux affaires de Mario Monti
Antoine Duroyon
Mario Monti. Photo: ©Mistrulli/Emblema/ROPI-REA
Mario Monti. Photo: ©Mistrulli/Emblema/ROPI-REA  - 

Chargé hier soir par le président Napolitano de former un nouveau gouvernement, l’ancien commissaire européen Mario Monti va être confronté à la réaction du marché obligataire. L’Italie doit émettre dans la journée 3 milliards d’euros à 5 ans après avoir vu le rendement attaché à cette maturité culminer à plus de 7,8% la semaine dernière. Dès sa nomination, Mario Monti a tenté de rassurer. «L’Italie traverse une période délicate, le pays est en mesure de surmonter ses difficultés», a affirmé le dirigeant.

Dès hier soir, les discussions ont débuté en vue de la formation d’un nouveau gouvernement, notamment par des entretiens avec les présidents du Sénat et de la chambre des députés, Renato Schifano et Gianfranco Fini. Après l’annonce de sa nomination par le palais du Quirinal, Mario Monti a promis de mener ces consultations «avec un sens de l’urgence mais avec soin». Alors que le président Giorgio Napolitano a réclamé «un effort politique extraordinaire» pour surmonter la crise financière, la chancelière allemande Angela Merkel a dit espérer un retour de la confiance en Italie, ce qui est crucial pour un retour au calme de l’ensemble de la zone.

De source politique citée par Reuters, une liste d’une douzaine de ministres devrait être dévoilée très prochainement. Le but de ce nouveau gouvernement, d’essence technocratique, sera «d’assainir la situation financière et de reprendre le chemin de la croissance dans un contexte d’attention accrue à la justice sociale», a indiqué Mario Monti. «Nous le devons à nos enfants», a ajouté l’ancien commissaire européen, souvent décrit comme l’anti-Berlusconi.

Il disposera en théorie d’un an et demi pour mener à bien les réformes, les prochaines élections législatives étant prévues en 2013. Mais pour cela, il devra se constituer une réserve de voix suffisante au Parlement. La Ligue du Nord a déjà affiché son hostilité. Le ministre de l’Intérieur sortant, Roberto Maroni, a estimé hier qu’avec «une majorité si hétérogène, il [Mario Monti] aura beaucoup de problèmes».

Le Peuple de la liberté (PDL), le parti de centre droit de Silvio Berlusconi, a apporté son soutien à un gouvernement dirigé par Mario Monti, à condition qu’il applique les réformes décidées par l'équipe sortante avec l’Union européenne. La démission du Cavaliere, sous les huées de Romains, avait été actée samedi soir après le vote par le Parlement de la loi de stabilité financière. Mais dans une allocution télévisée diffusée hier, le président du Conseil sortant a défendu son bilan, soulignant que l’Italie devait faire face à une crise qui n’est pas née sur son sol.

L’objectif du gouvernement Monti d’un retour de la confiance sera mis sous pression dès aujourd’hui avec l'émission de trois milliards d’euros d’emprunts d’Etat à cinq ans. Une opération qui sera scrutée après le placement la semaine dernière de cinq milliards d’euros de titres à un an, ce qui avait contribué à stabiliser les rendements obligataires sous le seuil critique des 7%. Mais si Mario Monti bénéficie d’un état de grâce, il faudra que son action produise rapidement des effets. L’Italie fait en effet face à une lourde échéance : le pays devra refinancer plus de 300 milliards d’euros de dette sur la seule année 2012.

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