L’intervention de la BCE sur le marché de la titrisation s’annonce délicate
Les professionnels de la titrisation espèrent que le programme d’achat de titrisations que la Banque centrale européenne est censée lancer cette semaine relancera le marché européen qui tourne au ralenti depuis la crise. Ils soulignent cependant que la BCE va devoir trouver un juste équilibre entre resserrement des spreads et attractivité des émissions pour les investisseurs.
«Les prêteurs plus petits qui ont des options de financement limitées et d’autres banques qui dépendent davantage du financement de gros vont augmenter leurs émissions pour profiter du resserrement des spreads dû à la BCE», estime Citi, évoquant notamment les banques italiennes. Selon Citi, les achats d’ABS par la BCE pourraient représenter jusqu’à 500 milliards d’euros dans les deux prochaines années mais risquent de n'être que de 300 milliards si les «gros prêteurs» n'émettent pas. Or, l’arrivée de la BCE sur le marché n’a pas dissuadé BNP et Santander de «retenir» récemment des RMBS pour se financer auprès de la BCE plutôt que de les placer publiquement. «Si la BCE veut vraiment augmenter son bilan et relancer le marché de la titrisation, elle devra rendre les spreads beaucoup plus serrés qu’aujourd’hui pour stimuler de façon significative la demande», écrit Citi soulignant que les banques bénéficient aussi de coûts de financement attractifs via les covered bonds ou la dette non sécurisée.
La BCE a annoncé qu’elle achèterait des tranches seniors de titrisations bien notées, éligibles à son guichet. Elle s’est aussi engagée à limiter ses achats à 70% maximum d’une tranche. «La BCE se positionne comme un investisseur comme les autres avec l’idée de ne pas préempter le marché complètement», se félicite Gaëlle Philippe-Viriot, responsable des ABS chez Axa-IM. «Il y a un risque de voir le marché de la titrisation européen disparaître complètement si la BCE achète tout à n’importe quel prix», prévient-elle cependant.
Alors que le resserrement des spreads attendu peut rendre les opérations moins attractives pour les investisseurs institutionnels, Gaëlle Philippe-Viriot souligne qu’«il serait utile d’avoir de nouveau un marché d’émission des tranches mezzanines et il semble qu’on en soit encore loin». La régulation qui pèse sur les assureurs investissant dans ces tranches est encore jugée punitive. La BCE a évoqué la possibilité d’acheter des tranches mezzanines de titrisation, à condition qu’elles soient garanties selon des modalités restant à préciser.
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