L’influence de la BNS sur les rendements souverains suscite la polémique
La BNS cherche à sécuriser son portefeuille de change. Si la Banque nationale suisse ne communique pas sur la répartition de ses réserves, S&P estime dans un rapport publié hier à environ 44% la proportion qui serait actuellement investie dans des obligations souveraines de la zone euro notées AAA par au moins deux des principales agences de notation, et au moins AA+ par une troisième, contre 36% en 2011.
Quelque 80 milliards d’euros d’obligations des pays du cœur de la zone auraient ainsi été acquis par la BNS au premier semestre, soit 48% du déficit cumulé attendu pour 2012 de l’Allemagne, de la France, des Pays-Bas, de la Finlande et de l’Autriche, contre 9% de leur déficit pour 2011.
Des conclusions contestées hier par la BNS, qui souligne que le montant de 80 milliards comprend du cash déposé auprès de banques centrales de la zone. Credit Suisse met en exergue dans une étude l’étrange parallélisme entre l'évolution des stocks de réserves en devises étrangères accumulés par la BNS auprès des autres banques centrales, du FMI et de la BRI (+95,2 milliards de francs sur juillet après seulement 15,6 milliards de hausse en avril), avec l'évolution du passif de la Bundesbank allemande en devises extérieures (+90,9 milliards d’euros après 14,2 milliards en avril).
La BNS «a probablement préféré transformer ses réserves en cash auprès de la Bundesbank à des taux zéro comme une sorte de valeur refuge», explique Maxime Botteron, économiste chez Credit Suisse.
Les craintes quant à la pérennité de la zone euro ont provoqué un afflux de capitaux vers la Suisse provenant essentiellement des pays périphériques, qui a contraint la BNS à fixer un seuil plancher de 1,20 contre euro pour protéger les exportateurs du pays. Cela a entraîné une flambée de ses réserves de change culminant à un record de 418 milliards de francs en août. Un niveau deux fois plus important qu’un an auparavant et qui représenterait 79% du PIB suisse mi-2012, contre 15% mi-2008, selon S&P.
«A présent que la situation s’est améliorée, les réserves en cash vont probablement repartir à la baisse», estime cependant Maxime Botteron. Un retournement de tendance qui «pourrait relever les coûts d’emprunts de certains Etats du cœur de la zone, qui bénéficient pour l’heure d’un mouvement de fuite vers la qualité en provenance de la périphérie», selon S&P.
Depuis le début de l’année, le taux moyen à 10 ans des pays du cœur est tombé à 2,15%, contre 3,04% en 2011.
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