L’héritage des années Trichet
A une semaine de la dernière réunion du Conseil de la BCE, présidée depuis huit ans par Jean-Claude Trichet, et de sa dernière conférence de presse, un bilan s’impose. Sur le papier, la BCE a rempli le contrat. L’inflation moyenne est voisine de 2% par an. Rien à redire, ou si peu. D’abord, le coût de la vie a plus augmenté que ne le reconnaît l’IPCH, l’indice officiel des prix ciblés par la BCE. Pas à cause du «sentiment» d’inflation perçu par les ménages lors de l’introduction de l’euro fiduciaire en 2002. Mais parce que les prix immobiliers, exclus de l’IPCH et donc non ciblés par l’autorité monétaire, ont augmenté de 4% par an en moyenne en zone euro depuis 2003.
Ensuite, il est impossible de dire si la stabilité des prix est un acquis de la gestion monétaire de la BCE ou le simple produit de la «grande modération» avec laquelle le mandat de Jean-Claude Trichet coïncide. L’économétrie ne reconnaît aucun effet direct et significatif des taux courts sur l’indice des prix, même après trois ans. Et sur la période, la Fed et la Banque d’Angleterre ne font pas radicalement moins bien avec des politiques monétaires pourtant très différentes.
Les vrais succès sont ailleurs. Depuis 2003, la BCE a réalisé des progrès très sensibles en matière de transparence. Sa responsabilité vis-à-vis du pouvoir législatif (au sens de «accountability»), rudement mise à épreuve depuis 2003, est plutôt sortie grandie.
La réforme de la communication, notamment la codification du discours initiée sous la responsabilité d’Otmar Issing et appliquée par Jean-Claude Trichet dans ses conférences de presse, a convaincu les marchés. Les taux d’intérêt en euros sont bien moins volatils que sous Wim Duisenberg et que les taux d’intérêt en dollars à l’approche d’un FOMC américain. De même, la rénovation de la stratégie monétaire en 2003, effaçant la prépondérance du pilier monétaire (avec une valeur de référence pour la croissance annuelle de M3) au profit d’un «cross-checking» des conditions économiques et monétaires a été une bonne chose.
Il est un point de l’héritage sur lequel il est trop tôt pour se prononcer: l’indépendance de la BCE a-t-elle souffert de la crise souveraine? Certainement, si on considère que la BCE achète des titres de dettes publiques italiennes, sur la bonne foi du gouvernement Berlusconi ; moins si on regarde la résistance verbale dont elle fait encore preuve quand il s’agit de sanctionner le manque d’actions des gouvernements européens.
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