Le président Carles Puigdemont a signé une déclaration d’indépendance et l’a immédiatement suspendue, espérant inciter Madrid au dialogue.
Publié le
Antoine Landrot
Le président de la Catalogne Carles Puidgemont lors de son intervention devant le parlement catalan le 10 octobre 2017 à Barcelone.
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Photo :Parlament Catalunya/Job Vermeulen
A vouloir ménager la chèvre et le chou, le président séparatiste du Parlement catalan Carles Puigdemont a prononcé un discours qui a frustré tous les camps hier soir. Après avoir signé devant les parlementaires une déclaration d’indépendance de la Catalogne, en vertu du résultat du référendum du 1er octobre (déclaré illégal par Madrid), il l’a immédiatement suspendue. Une démarche qui rappelle celle de la Slovénie au moment de la dislocation de la Yougoslavie.
«Nous constituons la République catalane comme Etat indépendant et souverain, de droit, démocratique et social», lit-on dans ce texte. Mais «le gouvernement de Catalogne et moi-même proposons de suspendre les effets de la déclaration d’indépendanceafin de parvenir à une solution négociée», a déclaré Carles Puigdemont.
Ces déclarations ont semé la confusion. La CUP (Candidature d’unité populaire), parti de gauche radicale qui fait partie de la coalition indépendantiste, a regretté «une occasion perdue de proclamer solennellement la république catalane». La question de son soutien au gouvernement catalan se trouve dès lors posée.
A l’opposé, le gouvernement conservateur espagnol de Mariano Rajoy a jugé cette «déclaration implicite d’indépendance» inadmissible. «C’est le discours de quelqu’un qui ne sait pas où il est, ni où il va, ni où il veut aller», a déclaré à la presse Soraya Saenz de Santamaria, en annonçant un conseil des ministres extraordinaire ce matin pour décider d’une réponse à ce défi. «Vous ne pouvez pas suspendre une déclaration qui n’a pas été faite», a pour sa part noté le leader socialiste catalan Miquel Iceta.
Du côté des marchés financiers, le fait que Carles Puigdemont ait refusé la voie maximaliste pourrait limiter les réactions violentes. «Cette déclaration n’est pas une surprise, commentait ainsi hier soir Jesus Castillo, économiste chez Natixis. Cela dit nous pensons qu’elle est inacceptable pour le gouvernement central. [...] A l’heure actuelle, nous anticipons une réaction négative des marchés, mais pas aussi dramatique que nous pourrions l’imaginer. Si le gouvernement réagit rapidement de manière crédible, cela pourrait suffire à éviter une tension énorme».
L’exécutif catalan marche sur des œufs. Madrid «devrait accepter un dialogue pour entamer une désescalade. Mais si la Catalogne menace d’une sécession unilatérale si le résultat ne la satisfait pas, le gouvernement de M. Rajoy quitterait les négociations, précisément parce qu’il détient le mandat pour le faire», prévient Claus Vistesen, chef économiste chez Pantheon Macro.
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