La filière se trouve à un tournant aux Etats-Unis, premier producteur mondial, où les autorités hésitent à poursuivre leur politique de soutien.
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S. Berthelet, C. Levesque - SMA Gestion
Chaque année avant la fin du mois de novembre, l’Agence de protection pour l’environnement (EPA) des Etats-Unis doit publier ses indications de production et les quotas d’incorporation d’éthanol pour l’année suivante. Pour 2015, l’EPA a créé la surprise en annonçant qu’elle repoussait sa décision. Ce délai constitue un signal fort concernant l’avenir de la filière et les interrogations qui l’entourent aujourd’hui.
Si le Brésil avait été le pays précurseur en matière d’éthanol, les Etats-Unis ont investi massivement dans cette filière depuis 2005 et sont aujourd’hui le 1er producteur mondial avec une production de plus de 13 milliards de gallons par an (contre 6 milliards de gallons au Brésil). L’industrie s’est développée grâce à des politiques fortement incitatives, des subventions, des quotas d’incorporation, des avantages fiscaux… Ainsi, la production a été multipliée par quatre outre-Atlantique ces dix dernières années. L’essence aux Etats-Unis contient désormais près de 10% d’éthanol, un quota imposé par l’EPA. Cette année, grâce à une excellente récolte de maïs, principal composant de l’éthanol, les fabricants ont pu reconstituer leurs marges et devraient dégager une production record.
Cependant, malgré cette bonne santé apparente, la filière se trouve à un tournant. En effet, les autorités américaines semblent hésiter à poursuivre leur politique de soutien dans un contexte économique difficile et face à des controverses de plus en plus fortes. Tout d’abord, 40% du maïs américain part dans l’éthanol. Pour éviter cette concurrence aux filières alimentaires, les biocarburants de 2e génération à base de résidus agricoles sont mis en valeur mais sont encore loin d’avoir atteint une production de masse.
De plus, la quantité d’éthanol produite a continué d’augmenter alors que la consommation globale d’essence a diminué, confrontant l’industrie au «blend wall»: si le secteur devait continuer à s’étendre, le quota d’incorporation d’éthanol dans l’essence devra donc être relevé, une idée que rejette l’industrie pétrolière.
Enfin, selon les Etats-Unis, l’éthanol avait deux objectifs initialement : améliorer la qualité de l’air et réduire la dépendance au pétrole importé. Si le bilan énergétique est mitigé, c’est surtout l’explosion de la production de pétrole de schiste qui pourrait remettre en question la volonté américaine de soutenir la filière.
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