L’Espagne ne pourra pas échapper longtemps à une demande d’aide

Les taux espagnols à 10 ans se rapprochent des 6%. La polémique sur le sauvetage des banques espagnoles ajoute à la confusion
Krystèle Tachdjian
Illustration: Agefi
Illustration: Agefi  - 

Reculer pour mieux sauter, c’est le chemin que semble prendre l’Espagne. Dans une interview au Wall Street Journal, Mariano Rajoy, le chef du gouvernement espagnol s’est déclaré hier disposé à solliciter un plan d’aide européen mais seulement si les coûts de financement de la dette espagnole restent trop élevés pendant trop longtemps.

Ne voyant rien venir, les investisseurs ont de nouveau mis sous pression les taux espagnols à 10 ans qui s’approchent dangereusement de la barre symbolique des 6%. L’écart de rendement avec le Bund allemand s’est élargi hier à environ 445 pb, soit le plus haut niveau de prime de risque demandé depuis début septembre.

Confronté à une vague de manifestations et aux velléités indépendantistes catalanes, Mariano Rajoy n’a guère de marge de manœuvre. Son gouvernement doit dévoiler aujourd’hui le budget 2013 avec une menace de dégradation par Moody’s dont le verdict est attendu vendredi. Ce jour-là sera aussi dévoilée l’ampleur des besoins de recapitalisation du secteur bancaire dans le cadre d’un plan maximum de renflouement de 100 milliards d’euros.

Le communiqué publié mardi par les ministres des Finances allemand, néerlandais et finlandais explique aussi la remontée des spreads. Dans le cadre de la recapitalisation des secteurs bancaires par le MES, la disposition visant à sortir les actifs des «bad bank» des comptes publics des Etats en difficulté ne doit pas s’appliquer aux «actifs hérités du passé», insiste le communiqué. Les problèmes bancaires survenus avant que l’Europe n’exerce sa supervision sur le secteur dans le cadre de l’union bancaire devraient rester «de la responsabilité des autorités nationales».

Les économistes cherchaient encore hier à apprécier la portée de cette déclaration. En excluant du champ d’intervention du MES les actifs hérités du passé, les trois pays frondeurs menacent le principe d’une recapitalisation directe des banques irlandaises et espagnoles par le fonds de sauvetage, égratignant au passage une partie des engagements pris lors du sommet européen de fin juin. «Cela voudrait dire que le problème bancaire reste sur le bilan des Etats», craint Harvinder Sian, stratégiste chez RBS, alors que les conclusions du sommet de juin permettaient de rompre le lien banque/souverain. Au-delà, cette fronde traduit les divisions de l’Europe sur le projet d’union bancaire, l’une des clés de la résolution de la crise en zone euro.

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