L’Espagne met de l’ordre dans ses banques en vue de l’aide de Bruxelles

Madrid a approuvé vendredi la réforme de son secteur financier, la cinquième en trois ans. Reste à connaître le montant exact des besoins
Isabelle Birambaux, à Madrid

Cette fois-ci, le ministre de l’Economie Luis de Guindos en est sûr. Il s’agit de «l’authentique réforme» du secteur bancaire espagnol, celle qui assainira ses banques et restaurera le crédit, indispensable au redressement de l’économie ibérique. Indispensable aussi pour obtenir les 100 milliards d’euros promis par l’Union européenne.

Quatre grandes mesures ont été adoptées: tout d’abord, la Banque d’Espagne et le Fonds de restructuration bancaire (Frob) auront plus de pouvoirs: soit pour mettre sous tutelle les établissements insuffisamment solvables, soit pour les recapitaliser via des CoCos («contingent convertibles»), soit pour liquider les banques condamnées. Ensuite, les petits investisseurs devraient être mieux protégés de la vente de produits financiers complexes. Le Fonds de garantie des dépôts disparaîtra comme actionnaire du Frob et ne participera plus au processus de restructuration du secteur pour se limiter à sa fonction centrale qui est de protéger les dépôts bancaires.

La mesure la plus attendue était la création de la «bad bank», la structure de défaisance qui doit aider les banques sous aide publique à se défaire de leurs actifs toxiques issus de l’immobilier. Luis de Guindos s’est limité à expliquer qu’il s’agira d’une société de gestion chargée de vendre les actifs - rachetés aux banques en difficulté- à un «prix adéquat». Cette société, qui aura entre dix et quinze ans pour écouler les stocks recueillis, devra «être viable et ne pas générer de pertes», a-t-il précisé. Son capital sera constitué majoritairement des apports d’investisseurs privés et du Frob, dont la capacité d’endettement augmentera de 90 à 120 milliards d’euros.

«La réforme est un pas dans la bonne direction», estime Carles Vergara, professeur de finances à l’IESE, mais «il faudra attendre quelques mois pour en connaître tous les éléments», tels que la nature des actifs à absorber, leur «valeur finale», «les établissements viables et non viables». De son côté, son homologue à l’IE Business School, Francisco Lopez Lubian, conditionne le succès de la «bad bank» à une «bonne évaluation des actifs toxiques» et la prise en charge de la gestion de cette société par des professionnels. On en saura plus mi-septembre : le rapport d’audit devrait alors révéler la valeur des actifs problématiques dont regorgent les banques espagnoles.

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