L’Esma apporte des réponses aux problèmes de liquidité des fonds
Trois jours après avoir publié ses guidelines pour la mise en place de tests de liquidité dans les fonds alternatifs (FIA) et fonds collectifs (OPCVM-Ucits), l’Autorité européenne des marchés financiers (Esma) a publié un cadre de simulation de stress tests pour les fonds d’investissement. La méthode développée et présentée en détails est accompagnée d’une étude de cas dans laquelle elle est appliquée à 6.000 fonds obligataires Ucits.
Les fonds HY particulièrement sensibles
En simulant un choc de rachats extrême, mais «plausible» lorsqu’un grand nombre d’investisseurs demandent à réduire ou à retirer leurs participations dans le fonds dans un délai rapproché, le régulateur montre que, globalement, la plupart des fonds seraient en mesure d’y faire face car ils disposent de suffisamment d’actifs liquides pour répondre à de telles demandes. Cependant, il identifie des «poches de vulnérabilité», notamment pour les fonds obligataires high yield (HY) : selon ses simulations, 40% d’entre eux pourraient alors subir une crise de liquidité au sens où leurs avoirs en actifs liquides ne suffiraient pas à couvrir les remboursements supposés dans un tel scénario.
Dans un deuxième temps, l’impact de la liquidation des fonds sur les marchés financiers a été modélisé afin d’estimer la pression à la baisse exercée sur le prix des actifs face à ces rachats des investisseurs dans l’urgence : les résultats montrent que l’impact global sur les prix est très limité pour la plupart des classes d’actifs, mais pas pour celles à liquidité plus limitée, telles que les obligations HY et les obligations émergentes (EM), pour lesquelles les ventes de fonds peuvent avoir un impact important, de 150 à 300 points de base, et générer des effets secondaires significatifs.
L’Esma encourage désormais les régulateurs nationaux à reproduire ces simulations afin de bénéficier de cette expérience dans leur supervision quotidienne du secteur. «La résilience des fonds revêt une importance grandissante dans la mesure où ils représentent une part croissante du système financier dans l’Union européenne», a rappelé Steven Maijoor, président de l’ESMA, faisant allusion à la progression de 6.200 à 9.300 milliards d’euros d’actifs nets gérés par les OPCVM entre 2007 et 2018. Alors que de tels chocs de liquidité avaient mis à mal les fonds actions de Woodford IM et les hedge funds Ucits de H2O au printemps, Steven Maijoor a aussi déclaré à Bloomberg que «l'évaluation de ce qui s’est passé est avant tout lié au rôle de la FCA britannique» et que l’Esma demande des informations pour en savoir plus : «Les réponses à ces questions adressées au régulateur britannique seront utiles pour aider les autres régulateurs à mieux comprendre les rôles des gestionnaires de fonds, des superviseurs et les politiques liées aux OPCVM.»
En parallèle de l’enquête sur l’affaire Woodford, Andrew Bailey, directeur général de la FCA, avait déclaré en juin que le gestionnaire de fonds avait été en mesure de se lancer dans un «arbitrage réglementaire» en exploitant les lacunes du droit européen sur les OPCVM, une critique à laquelle la Commission européenne avait répondu qu’il y avait un problème dans la supervision de la règle.
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