Les tensions obligataires gagnent le cœur de la zone euro
Rome et Madrid ont encore connu une rude journée sur les marchés obligataires. Les taux à 10 ans italiens ont repassé à la hausse la barre des 7%, une catégorie qu’elle partage avec la Slovénie. Quant à l’Espagne, qui cherchait à lever 3,5 milliards d’euros en bons du Trésor à 12 et 18 mois, elle s’est contentée de lever 3,16 milliards en consentant des rendements supérieurs à 5%, alors qu’elle avait payé 4% lors des précédentes opérations du genre.
Mais, fait nouveau, la pression touche de plus en plus les pays du cœur de la zone euro. Déjà dans le viseur des marchés depuis plusieurs semaines, la France a enregistré un moment un écartement de 26 pb de son spread avec l’Allemagne, à 192 pb, entièrement imputable à la tension du rendement des OAT 10 ans, celui du Bund diminuant à peine. La Belgique a vu ses taux longs remonter de 30 points de base, à 4,83%. La lenteur des discussions politiques en Italie, l’incapacité du parti conservateur grec à s’engager sur les réformes nécessaires au déblocage des 8 milliards d’euros d’aide internationale, et l’offensive de la Bundesbank contre des rachats de dette par la BCE pèsent sur les esprits.
Outre la France, les autres pays AAA de la zone euro font eux aussi les frais de la fuite vers les Bunds. L’Autriche a vu ses taux à 10 ans se tendre de 25 pb. Dans une moindre mesure, la Finlande (+9 pb à 2,45% hier soir) et les Pays-Bas (+6 pb à 2,38%) s’écartent aussi des taux allemands.
Sur les marchés, les appels à une action décidée de la BCE se multiplient. La banque centrale a bien racheté hier des obligations, mais elle le fait toujours à reculons, ce qui ôte toute puissance à son intervention. «Soit les choses continuent ainsi, et l’Italie va probablement se retrouver rapidement à court d’options de financement, soit l’Allemagne se résout à accepter de véritables mesures d’assouplissement quantitatif», résume Keith Wade, chef économiste de Schroders.
D’autant que le Fonds européen de stabilité financière, qui a disparu des radars depuis quinze jours après avoir été présenté comme l’arme anti-contagion, pâtit des difficultés des Etats qui garantissent sa note AAA. Hier, le rendement de ses obligations 2021 a dépassé 3,6%. Leur spread contre swaps est passé de moins de 20 pb en juillet à près de 110 pb aujourd’hui, rappelle Natixis. «Dès que de grands pays sont en difficulté, la technique FESF n’est plus utilisable», souligne la banque.
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