« Les spreads de crédit reflètent déjà une récession sévère »
explique Hervé Boiral, responsable crédit pour la gestion taux euro et crédit chez CAAM
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Propos recueillis par Tân Le Quang
L’Agefi : CAAM est à « surpondérer » en termes d’exposition crédit et positif en termes de perspectives de spreads. Pourquoi un tel optimisme ?
Hervé Boiral : La principale raison qui nous incite à rester positifs sur le marché du crédit high grade reste le niveau de valorisation extrêmement intéressant. Quant bien même les perspectives économiques s’avèrent moroses, les spreads de crédit reflètent déjà une récession sévère. A titre d’exemple, le différentiel de rendement moyen entre les obligations privées de la zone euro et les titres d’Etat s’élève à 1,87 %, soit presque 10 % cumulés sur cinq ans. Il est peu probable que les défauts soient suffisants pour effacer cette prime. De plus, les autorités américaines ont pris la mesure de l’ampleur de la crise, et leurs actions - monétaire et réglementaire - devrait permettre un retour progressif de la confiance. Les investisseurs qui se seront aventurés sur cette classe d’actifs se verront amplement récompensés à moyen terme, même s’ils doivent pouvoir supporter une certaine volatilité dans les mois à venir.
Quelles sont les opportunités d’investissement les moins risquées ?
Les récents exemples de Northern Rock ou de Bear Stearns indiquent qu’il y a une forte incitation de la part des autorités publiques pour empêcher tout défaut dans la sphère bancaire. La méfiance qui s’est emparée du secteur financier a balayé l’ensemble de ses acteurs, alors même qu’il convient de dissocier les différents intervenants. Ainsi, les obligations des grandes banques de détail d’Europe continentale nous semblent être parmi les meilleures opportunités, car moins touchées par des problèmes de financement, et mieux diversifiées grâce à leur activité de réseau. Un autre segment qui a été particulièrement touché et qui semble attractif est le marché de la corrélation. Les tranches super senior, qui ne peuvent subir de pertes en capital que si plus d’un tiers des entreprises disparaissent, offrent une prime de 0,55 % pour un risque de défaut in fine infime.
Les très grandes entreprises nationales affichent des gains de productivité plus élevés que dans le reste de l’Europe, grâce essentiellement à leur croissance et non par des réductions d’effectifs. En revanche, la France manque cruellement d’entreprises innovantes parmi ses grands champions.
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