Les risques de défauts sur les prêts en dollars en Argentine explosent
La «pesofication» de la dette argentine risque d’assécher les financements en dollars du pays. La stratégie de renforcement des contrôles sur l’accès aux devises étrangères menée par la présidente Cristina Kirchner pour endiguer les sorties de capitaux a subi une première sanction officielle hier avec la dégradation par Moody’s de la note de dix villes et provinces du pays à des niveaux flirtant avec le défaut sélectif. La province de Chaco a été rétrogradée de trois crans à Caa3, soit neuf crans sous la catégorie investissement, après avoir remboursé en peso le 4 octobre une obligation libellée en dollars car la banque centrale lui interdit l’accès au billet vert. Même sanction pour la ville de Buenos Aires, rétrogradée de deux crans à Caa1, en dessous de la note souveraine B3 du pays.
S’il s’agit pour l’heure d’un phénomène isolé, Buenos Aires ayant remboursé cette semaine des obligations en euros et dollars, Patricio Esnaola, analyste chez Moody’s, explique que «le défaut de la province de Chaco reflète les difficultés que les gouvernements locaux commencent à rencontrer quand ils cherchent à avoir accès au marché des devises étrangères».
Selon Reuters, la province de Chaco prévoit d’échanger en pesos environ 30 millions de dollars d’obligations. «Il est clair que les obligations de Chaco libellées en dollars ont déjà été transformées en pesos par la banque centrale qui refuse aux provinces l’accès au dollar» estime Boris Segura, stratégiste chez Nomura.
Malgré des montants en jeu qui restent modestes, l’impact sur la confiance des marchés envers la dette argentine est non négligeable. La semaine dernière, le rendement moyen des obligations libellées en dollars s’est envolé de 18 pb à 10,63%, alors que celui de la dette émergente reculait de 3 pb, selon l’indice EMBIG de JPMorgan. «Le manque de fiabilité et de lisibilité dans la politique nationale affecte l’environnement opérationnel des gouvernements locaux et entraîne une détérioration de leur qualité de crédit en ligne avec celle du pays», avertit Moody’s.
Dans la même logique, la nationalisation du producteur de pétrole YPF a entraîné une fermeture de son accès aux marchés internationaux. Le groupe est devenu dépendant du fonds de pension national (Anses) pour pourvoir à des besoins de financement records destinés à couvrir son programme d’investissement ambitieux de 37,2 milliards de dollars.
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