Les resserrements monétaires successifs font plier l'économie indienne
L’Inde n’est pas épargnée par la crise. Au cours du troisième trimestre, le rythme de croissance de l’économie a ralenti à 6,9% en glissement annuel, contre 7,7% au deuxième trimestre et 7,8% au premier. Les neuf resserrements monétaires d’un total de 375 points de base opérés par la banque centrale (RBI) depuis mars 2010 pour porter les taux directeurs à 8,5%,soit le rythme le plus élevé de resserrement depuis la création de la banque centrale en 1935, ont fait beaucoup de mal à la demande intérieure. La croissance du secteur manufacturier a ainsi ralenti à 2,7% contre 7,2% au trimestre précédent. La production minière a chuté de 2,9% et la croissance de la construction a ralenti à 4,3%.
La RBI a réduit sa prévision de croissance pour l’année fiscale en cours qui s’achève fin mars 2012 de 8% à 7,6%, alors que le consensus prévoit une croissance de 7,3%. Le directeur des ventes de Hyundai Motor a indiqué qu’il anticipait un coup d’arrêt des ventes automobiles à 5% en 2011, après 23% en 2010. «Les perspectives de croissance ne paraissent pas très brillantes pour les deux prochains trimestres du fait du ralentissement mondial, de l’effet décalé des hausses de taux sur la demande et de la lente réaction du gouvernement», estime l’agence de notation Crisil.
Et les marges de manœuvre du gouvernement sont limitées, la rallonge de 11 milliards de dollars votée mettant déjà en péril l’objectif de ramener le déficit budgétaire à 4,6% du PIB. A fin septembre, le déficit avait déjà atteint 68% de l’objectif annuel fixé à mars 2012. Parallèlement, la hausse des prix au détail a atteint 9,73% en octobre, réduisant «les marges de manœuvre de la RBI pour baisser les taux à court terme et relancer la croissance», estime Shubhada Rao, chef économiste chez Yes Bank. Et le taux à 10 ans indien est resté stable à 8,77% hier suite à cette annonce.
Les marchés avaient déjà sanctionné l’Inde. Avec une chute de 14,3% contre dollar depuis le début de l’année à 52,16, la roupie est la devise asiatique la moins performante. «Avec un déficit des comptes courants estimé à 3% du PIB, des faibles flux provenant des investisseurs étrangers et une aversion globale pour le risque, la roupie devrait continuer à être sous pression», estime ING IM. Dans le même temps, l’indice Sensex a perdu un cinquième de sa valeur et 9,4% sur le seul mois de novembre, la plus mauvaise performance en Asie.
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