Les régulateurs européens mettent en garde contre les multiples risques des CoCos
L’autorité européenne des marchés financiers estime que ces instruments sont réservés aux investisseurs institutionnels connaisseurs
Publié le
Solenn Poullennec
Après la Banque d’Angleterre, c’est au tour de l’Autorité européenne des marchés financiers, l’Esma, de mettre en garde contre les risques liés aux CoCos, ces obligations bancaires qui peuvent être effacées ou converties en capital lorsque leur émetteur rencontre des difficultés. «Il n’est pas sûr que les investisseurs envisagent tous les risques des CoCos et les pondèrent correctement dans leurs valorisations», souligne l’institution dans une note publiée la semaine dernière.
Alors que l’utilisation de ces titres est encouragée par la mise en œuvre de Bâle 3, l’Esma note que les émissions ont été jusqu’ici «hétérogènes en termes de niveau de déclenchement (trigger) et de capacités d’absorption des pertes». De façon générale, l’autorité juge que «les structures des CoCos sont hautement complexes» et que ces instruments sont donc réservés aux investisseurs institutionnels bien renseignés.
Le régulateur souligne que les investisseurs ne doivent pas se laisser séduire par le rendement attractif généralement offert par ces produits car il peut surtout traduire des risques difficiles à évaluer. Il est d’abord complexe d’évaluer la probabilité que le titre soit utilisé par son émetteur. Les investisseurs sont donc appelés à surveiller en permanence le niveau de fonds propres durs (common equity tier one) de l’émetteur et à garder à l’esprit qu’une perte de capital aussi bien qu’une augmentation des actifs pondérés par le risque peuvent conduire au déclenchement des CoCos. Savoir quand peuvent être utilisés des CoCos est d’autant plus difficile que ces produits brouillent les hiérarchies habituelles. Leurs porteurs sont susceptibles, dans certaines circonstances, d’être appelés avant les actionnaires.
L’Esma met en avant d’autres caractéristiques qui «augmentent les incertitudes sur la valorisation des CoCo AT1 (Additional Tier 1) et peuvent conduire à la fixation d’un mauvais prix». Ainsi, les versements de coupons sur ces titres «peuvent être annulés à tout moment par l’émetteur, pour n’importe quelle raison et pour n’importe quelle période». Les CoCos sont aussi des instruments perpétuels appelables à des niveaux déterminés et seulement avec l’autorisation des autorités compétentes. Autrement dit, «un investisseur peut très bien ne pas retrouver son capital à la date de call ou à un autre moment».
Enfin, l’Esma note qu’il est difficile de prédire comment l’ensemble de la classe d’actifs réagira le jour où une banque utilisera ses CoCos.
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