Les régimes de retraite complémentaire du privé sont au bord de la déroute

Le gouvernement devra chercher ailleurs qu'à l’Agirc-Arrco pour mieux mobiliser les fonds des complémentaires au service des PME et ETI.
Solenn Poullennec

Le gouvernement aura du mal à compter sur le régime de retraite complémentaire des salariés et des cadres de l’industrie, du commerce, des services et de l’agriculture pour contribuer davantage au financement des entreprises françaises. La «soutenabilité» des régimes Arrco (pour les salariés) et Agirc (pour les cadres) «est compromise à terme désormais très rapproché», estime la Cour des comptes dans un rapport qui paraîtra jeudi mais dont une partie a déjà été dévoilée par Le Parisien.

Lors des assises de l’investissement qui se sont tenues en septembre, le président de la République, François Hollande, a fixé comme objectif de réorienter 5 milliards des fonds de retraites complémentaires vers les PME et les ETI. Le gouvernement a déjà annoncé une modification des règles d’allocation d’actifs de l’Erafp, le fonds de pension qui gère la retraite additionnelle des fonctionnaires. Il a aussi confié une mission à l’ancien médiateur du crédit, René Ricol pour analyser les marges de manœuvre des autres régimes complémentaires.

Non seulement ces marges sont beaucoup plus difficiles à trouver du côté des régimes de retraite par répartition que chez un régime par capitalisation comme l’Erafp, mais elles semblent nulles à l’Agirc-Arrco. Cette année le déficit des deux régimes devrait atteindre 5,3 milliards d’euros après avoir été de 4,4 milliards d’euros en 2013, souligne la Cour des comptes. L’Agirc pourrait se retrouver à court de réserves en 2018 et la situation serait la même pour l’Arrco en 2023. Les magistrats préviennent même qu’avec l’hypothèse d’un taux de chômage à 10%, le déficit cumulé des deux régimes pourrait atteindre 132 milliards d’euros en 2030 et 390 milliards d’euros en 2040.

Le constat ne surprendra guère les connaisseurs. Le déficit des régimes qui sont gérés de façon paritaire ne cesse de se creuser depuis 2009 dans un contexte de crise. Pour tenter de le résorber, les partenaires sociaux avaient signé un accord au printemps 2013. Il prévoyait de revaloriser les pensions moins vite que l’inflation et d’augmenter les cotisations des entreprises et des travailleurs.

Les partenaires sociaux devront cependant se repencher dès le début de l’année prochaine sur l’avenir des régimes. Alors qu’il est difficile de relever à nouveau les cotisations ou de baisser les pensions, la Cour va jusqu’à leur proposer d’étudier, entre autres, un recul de l’âge de départ à la retraite de 2 ans.

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