Les pistes de réforme de l'épargne se dessinent
François Hollande promet de la stabilité fiscale. «Tous les dispositifs qui existent aujourd’hui en faveur de l’investissement dans les PME seront maintenus durant le quinquennat», a annoncé hier le chef de l’Etat, faisant notamment référence à l’avantage fiscal de 50% de l’ISF PME. Le financement des PME et des entreprises de taille intermédiaire (ETI) occupe aussi une bonne part du rapport Duquesne, publié hier, et qui propose des pistes de réforme de l’épargne réglementée.
Dans la lignée des précédents, le projet de loi de finances 2013 devrait pourtant décourager l’investissement en actions, entre alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail et hausse de 8% à 20% du forfait social sur l’épargne salariale. Reste que le chef de l’Etat, remettant hier le prix de l’audace créatrice, a assuré vouloir aussi favoriser l’épargne longue en actions pour financer les PME, laissant entendre que le plan d’épargne en actions (PEA) pourrait être un bon véhicule pour cela. On sait aussi que l’idée d’une modification de la fiscalité de l’assurance vie pour tenir compte de la durée réelle d’investissement des fonds est également dans l’air, notamment depuis un rapport de la Cour des comptes de janvier dernier.
Le rapport Duquesne sur l’épargne réglementée (Livrets A, LDD et LEP) ouvre une piste en ce sens. Il propose aux souscripteurs de Livrets A et de LDD «l’option de bloquer leur épargne pour une durée de 3 à 5 ans, avec une rémunération égale au taux de marché pour la durée considérée dans le cadre d’un contrat de fidélité». Elle permettrait à l’épargnant de continuer à échapper aux prélèvements sociaux: la mission Duquesne envisage en effet d’y soumettre les gros Livrets A «dans le cadre d’une réforme globale de la fiscalité de l’épargne».
Le rapport préconise aussi un fléchage plus marqué de ces fonds au bénéfice des PME. Grâce au doublement du plafond du LDD, la future Banque publique d’investissement bénéficiera de 10 milliards d’euros environ pour les entreprises. Pierre Duquesne évoque dans ce cadre la création de divers véhicules: fonds public de prêt, fonds obligataire, mezzanine, fonds de crédit à l’exportation…
Il recommande aussi que les fonds d’épargne de la Caisse des dépôts, qui centralisent la majorité de l’encours, accroissent leurs placements en obligations d’entreprises. Quant aux banques, elles doivent être soumises à «un suivi beaucoup plus détaillé» de la collecte qu’elles conservent à leur bilan, voire à des obligations d’emploi. Outre les entreprises et le logement social, le rapport identifie d’autres destinataires de cette manne. Les fonds d’épargne pourraient ainsi prêter 5 milliards d’euros par an aux collectivités locales et aux hôpitaux, ce qui pérenniserait les enveloppes d’urgence débloquées en raison du retrait des banques.
Le rapport prône cependant le statu quo dans le taux de centralisation des ressources (65% en moyenne sur le Livret A et le LDD, 70% sur le LEP). Il propose de dresser un bilan à l’automne 2013, et si baisse il doit y avoir, de la limiter au LEP. En revanche, la commission de collecte des banques, fixée en moyenne à 0,5%, peut être ramenée à 0,4%.
Enfin, la mission Duquesne s’attaque à la rémunération du Livret A. Le taux correspondrait à l’inflation majorée de 10% du taux de croissance. Cette formule devrait être automatique, pour ne pas connaître le sort des précédentes, soumises à l’arbitraire des gouvernements.
{"title":"","image":"78749»,"legend":"Livret A : encours sur 3 ans. Illustration L’Agefi.»,"credit":""}
Plus d'articles du même thème
-
La bonne tenue des actions européennes est suspendue au test des bénéfices
Les actions ont rebondi en Europe avec l’accord entre les Etats-Unis et l’Iran et la forte baisse du pétrole. Certains n’y voient qu’un rattrapage désormais achevé, d’autres croient qu'une deuxième vague de hausse est possible si la conjoncture continue de s'améliorer. -
Les dettes AT1 pourraient devenir un sujet de compétitivité pour les banques
La Banque des règlements internationaux a exposé ses propositions pour les dettes subordonnées Additional Tier 1 (AT1). L’institution donne l’impression de vouloir imposer aux banques européennes de nouvelles règles complexes, pas toujours adaptées. -
Voyageurs du Monde va quitter la Bourse parisienne
Avantage, regroupant les fondateurs et les actionnaires institutionnels du voyagiste, lancera une OPA simplifiée, voire une offre publique de retrait, au prix de 180 euros par action. Une offre, avec une prime de 24% sur le dernier cours, qui valorise le groupe 807 millions d’euros. -
Le gouvernement annonce de nouvelles économies et évoque un dérapage du déficit public
Le Comité d’alerte des finances publiques s’est conclu sur la décision de réaliser 5 milliards d’euros d’économies supplémentaires, après les 6 milliards déjà mis en œuvre depuis avril, mais le déficit pourrait s’alourdir plus que prévu. -
L’Agence française anticorruption multiplie les actions dans le public et le privé
Les condamnations en matière d’atteinte à la probité ne cessent d’augmenter. Près d’une sur deux concerne les collectivités territoriales. L’Agence française anticorruption (AFA) a mené l’an dernier deux fois plus d’actions de sensibilisation à l’égard des acteurs publics. -
Tandis que Proxima lève 411 millions d'euros, la France se laisse distancer dans la fusion nucléaire
Valorisée 2,4 milliards d'euros, la start-up bavaroise attire Google et RWE à son capital lors d'un tour mené par XTX Ventures et East X Ventures. Ses rares homologues françaises, elles, peinent à dépasser quelques dizaines de millions.
ETF à la Une
Les ETF d’actions américaines signent un retour en force au deuxième trimestre
- L'affaire Malakoff Humanis tombe mal pour une éventuelle cession de Sienna Gestion
- BlackRock remporte un mandat de 10 milliards d'euros
- LBP AM transfère la gestion de ses opérations de Natixis IM OS vers Alto
- Perpetual rejette une offre de rachat de 1,7 milliard de dollars d'EQT
- Schroders vise une dizaine d’ETF actifs d’ici la fin de l’année
Contenu de nos partenaires
-
PrésidentielleMarine Le Pen choisit le tribunal des urnes
Ni empêchée, ni réhabilitée, Marine Le Pen a décidé d’ouvrir une troisième voie pour se présenter à la présidentielle. Celle d’un pourvoi en cassation qui suspend sa peine, malgré le risque de se voir imposer un bracelet électronique début 2027 -
Mauvaise piocheMarine Le Pen candidate : scénario noir pour les héritiers du macronisme
Edouard Philippe et Gabriel Attal ont vite réagi, le 7 juillet, pour contrer la candidate qui les menace le plus. Ils estiment Marine Le Pen plus difficile à battre que Jordan Bardella -
EditorialMarine Le Pen candidate : les juges et la politique, troisième round
C’est une leçon pour l’avenir : le pouvoir des juges doit s’arrêter là où la liberté démocratique est menacée