Les particuliers chinois participent à leur insu à la finance de l’ombre
C’est le dernier scandale en Chine: des dizaines de clients d’une banque locale chinoise, Huaxia Bank, protestaient encore hier après qu’on leur a indiqué qu’ils ne pourraient pas récupérer leurs fonds investis dans des produits de gestion de fortune (WMP), en plein essor dans le pays. La gestion des fonds était externalisée par la banque dans un véhicule spécialisé, Zhongding Wealth Investment Centre.
Cette situation «fait remonter les inquiétudes sur le fait que la flambée des prêts distribués après la crise financière ressemble à un montage de type «Ponzi» qui trouvera son issue dans une crise de la dette», estime GaveKal. Depuis 2010, les riches particuliers chinois ont souscrit massivement aux WMP, censés être sans risque mais offrant pourtant des rendements à deux chiffres reposant sur le transfert de prêts consentis à des promoteurs immobiliers ou des gouvernements locaux. Les particuliers pensant ainsi placer leur épargne dans leur banque, participent en réalité malgré eux à la finance de l’ombre.
Les petits établissements financiers chinois ont vu leurs ventes de produits de gestion de fortune (WMP) s’envoler de 85% sur les neuf premiers mois de l’année pour atteindre 12.000 milliards de yuans (1.475 milliards d’euros), soit 16% des dépôts bancaires, calcule Fitch Ratings en l’absence de données officielles.
Problème: 85% de la croissance des produits vendus en 2012 proviennent de banques locales, incapables de les rembourser en cas de tensions. Par ailleurs, les WMP perturbent la lecture des statistiques monétaires en Chine. Les banques chinoises ont l’habitude de les comptabiliser en hors bilan, mais leur volonté d’afficher une forte croissance des dépôts les a poussées à en rapatrier une part croissante dans leur bilan, signale Fitch. «Cela a favorisé une croissance faciale élevée des dépôts, mais n’a pas amélioré la liquidité car les banques disposaient déjà des fonds», souligne l’agence.
Christine Kuo, analyste chez Moody’s, estime en outre que les banques chinoises «vont faire face à des créances qui pourraient voir leur coût exploser». Les fonds levés par les WMP servent en effet à prolonger ou à racheter des prêts dus à la banque par des emprunteurs. «Cela laisse croire à des taux de remboursements élevés sur les prêts aux entreprises, alors qu’en fait ces prêts ne sont pas remboursés par les emprunteurs eux-mêmes, mais par les investisseurs», note Fitch.
Plus d'articles du même thème
-
L'offre d'Intesa sur MPS crée un effet domino pour Axa
A quel point l’offre d’Intesa sur Monte dei Paschi (MPS) change-t-elle la donne pour Axa ? Dans un scénario où Intesa réussit à mettre la main sur la banque de Sienne, l’avenir de la coentreprise Axa MPS a du plomb dans l’aile et pourrait accélérer le repositionnement d’Axa en Italie. -
La course en oncologie nécessite de mettre le prix
Le laboratoire britannique GSK va acquérir la biopharmaceutique américaine Nuvalent pour près de 11 milliards de dollars. L’opération sera relutive dès l’an prochain sur le résultat opérationnel courant, mais seulement en 2029 sur le bénéfice par action. -
Marc Riez (Vega IS) : «Nous avons engagé des discussions avec Novobanco au Portugal»
Après l’intégration de certaines activités de Natixis IM et Ostrum, Vega IS a changé de dimension. Son directeur général dévoile les ambitions du nouvel ensemble, entre opportunités au Portugal et arrivée prochaine sur le marché des ETF. -
La start-up satellitaire Iceye lève 450 millions d’euros
La jeune société finlandaise de satellites radar à synthèse d'ouverture (SAR) atteint une valorisation de 10 milliards d’euros. L’Etat finlandais entre à son capital. -
BP entérine la relégation de ses ambitions dans les renouvelables
Le pétrolier britannique a annoncé une réorganisation de ses activités en deux pôles : amont et aval. La production d’électricité verte est diluée dans un segment «Autres». -
PARTENARIATSanté mentale : “Certains modèles économiques produisent, amplifient et exploitent des fragilités psychiques”
Après avoir exploré la santé mentale au travail et les leviers d’action au sein des organisations, le troisième atelier du groupe de travail “Santé mentale : l’affaire des entreprises comme des investisseurs”, co-fondé par Sycomore AM, s'est penché sur les produits et services des entreprises. Une réflexion encore émergente, qui interroge directement les modèles économiques et leur impact sur les consommateurs.
ETF à la Une
WisdomTree rejoint la course aux ETF spatiaux en Europe
- Derrière l’affaire Uzès Gestion, la délicate question de la direction de fait
- La stratégie d'investissement de détail européenne provoque une poussée de fièvre côté français
- L'allègement du reporting ESG divise à Bruxelles
- Greystar boucle le plus grand fonds résidentiel européen value-add
- RockFi s'appuie sur BlackRock pour démocratiser la personnalisation du conseil
Contenu de nos partenaires
-
Iran, Ukraine, ... : mythes et réalités de la guerre des récits
Face à une guerre d’influence mondiale amplifiée par la désinformation sur Internet, les démocraties occidentales peinent à contrer des récits qui exploitent leurs propres failles -
Y a-t-il un plan ?Comment l’armée britannique perd sa crédibilité
Le ministère britannique de la Défense peine à produire un plan décennal clair alors que les dépenses augmentent -
BluesA Bruxelles, les fonctionnaires de l'environnement se mettent au service de l'économie
La dynamique de pouvoir a changé à la Commission européenne, où les artisans du Pacte vert s'échinent à le simplifier en vantant la compétitivité des entreprises