Les obligations indexées sur l’inflation européenne bénéficient de l’effet BCE
L’engouement pour les obligations indexées sur l’inflation émises en zone euro intrigue dans un contexte de risque déflationniste au sein de la zone. La semaine dernière, l’Espagne a levé 5 milliards d’euros pour sa première émission indexée à 10 ans avec un carnet d’ordres de 20 milliards. Après son lancement à environ 4 pb moins cher en termes de points morts que son homologue italienne «BTPei 2024» (107 pb contre 111 pb), la «SPGBei 2024» est désormais plus chère de 5 pb.
Sur le marché primaire, également animé par les émissions d’indexées italiennes très prisées par Rome, «les investisseurs sont en général des «buy and hold» qui ont comme préoccupation première la gestion de leur passif», explique René Defossez, stratégiste chez Natixis.
Le marché a bénéficié du discours de la BCE qui devrait assouplir sa politique monétaire dès sa prochaine réunion en juin. «Les indexées sont un des produits qui n’ont pas encore bénéficié de l’engagement de la BCE, avec un fort potentiel de rebond en cas d’action agressive», estime ainsi Marion Le Morhedec, gérante chez Axa IM. Pour l’heure, «une partie de l’intérêt pour les obligations indexées réside dans la recherche d’une stratégie de «pick up» sur les rendements, comme le suggère le niveau des obligations de référence à 10 ans espagnoles et italiennes, les investisseurs échangeant leurs flux inflation contre des flux indexés sur le Libor», tempère néanmoins Jorge Garayo, stratégiste inflation chez SG CIB.
En attendant, le marché des swaps inflation en zone euro anticipe un rythme de hausse de prix de seulement 1,06% dans trois ans, et 1,65% dans 10 ans. Le point mort sur les obligations françaises OATi à 10 ans est même passé de 2,18% en septembre 2013 à 1,75%. La dernière enquête auprès des professionnels interrogés par la BCE indique qu’à 1,8%, jamais les anticipations d’inflation à 5 ans n’ont été si basses.
Mario Draghi met régulièrement en avant la nécessité de conserver des anticipations «ancrées» à un niveau proche de 2%. Or, si «l’hypothèse d’une déflation n’est clairement pas privilégiée par les investisseurs actuellement», comme le souligne Aurel BGC, l’inflation à 3 ans anticipée dans 3 ans attendue par les marchés entre 2017 et 2019 stagne à 1,6% depuis 3 mois, contre environ 2% en moyenne entre 2010 et mi-2013, selon les calculs de Jean-François Perrin, stratégiste inflation chez CA CIB. Le taux 5 ans dans 5 ans a quant à lui chuté de 65 pb depuis début 2012 pour tomber au seuil d’alerte de 2%.
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