Les Nations unies prônent une nouvelle donne écologique mondiale
Le rapport 2019 de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced) publié mercredi insiste sur les objectifs de développement durable (ODD) à réaliser d’ici à 2030 par le soutien de politiques publiques coordonnées au niveau international. Les auteurs du rapport font trois constats. Premièrement, le surendettement actuel est davantage lié au secteur privé (139% du PIB mondial) qu’au secteur public (51%), et «on ne pourra orienter le financement vers l’investissement productif à long terme sans que le secteur public joue un rôle de premier plan» selon Richard Kozul-Wright, responsable de la Division mondialisation et développement.
Deuxièmement, une augmentation annuelle des investissements verts de l’ordre de 2% de la production mondiale (pour une croissance de 1% à 2% selon les pays), soit 1.700 milliards de dollars et un tiers seulement de ce que les Etats dépensent déjà pour subventionner les énergies fossiles, permettrait la création nette d’au moins 170 millions d’emplois au niveau mondial, une industrialisation respectueuse de l’environnement dans les pays en développement et une réduction globale des émissions de carbone d’ici à 2030. Troisièmement, alors que les auteurs s’inspirent des politiques keynésiennes mises en œuvre pour sortir de la Grande Dépression, ils notent que, compte tenu du fléchissement de l’aide multilatérale, les 30 pays en développement auraient besoin, pour répondre aux seuls besoins en investissements des 4 premiers ODD (pauvreté, nutrition, santé, éducation), d’augmenter leur dette/PIB ou leur croissance dans des proportions inenvisageables.
Partant de là, ces économistes proposent de «reconstruire le multilatéralisme autour de l’idée d’une nouvelle donne écologique mondiale» permettant de contribuer à une répartition plus équitable des revenus (entre habitants et entre pays) et d’inverser le processus de dégradation de l’environnement. Cette nouvelle donne pourrait passer par : un programme mondial de prêts liés aux ODD en faveur des pays à faible revenu avec un fonds mondial alimenté par les pays donateurs qui s’acquitteraient enfin de leur engagement à consacrer 0,7% de leur revenu national brut à l’aide publique au développement en versant les sommes dues à ce titre pour les trente dernières années (plus de 3.500 milliards de dollars) ; un développement des droits de tirage spéciaux (DTS) directement liés à la fourniture de biens publics (protection de l’environnement et ODD inclus) dans les pays en développement ; et un programme d’allégement de la dette axé sur les ODD pour remédier aux problèmes de liquidités et favoriser la soutenabilité à long terme, sans conditionnalités trop restrictives.
Des banques centrales chargées de promouvoir les financements «climat» par des mécanismes de type QE ciblés, le financement de banques publiques spécialisées et l’augmentation des fonds des banques de développement sont d’autres pistes. Mais il sera nécessaire d’accompagner ces politiques par une coopération monétaire renforcée entre pays en développement d’une même région afin de promouvoir le commerce intrarégional et par l’instauration d’un cadre juridique international reconnu pour la restructuration ordonnée et équitable des dettes souveraines.
Enfin, le secrétaire général Mukhisa Kituyi estime indispensable de «mieux contrôler les mouvements de capitaux» - avec par exemple un cadre fiscal international et un impôt sur les multinationales géré au niveau du groupe avec un taux effectif minimum entre 20% et 25% des bénéfices – ce qui pourrait assurer une manne de 680 milliards de dollars par an pour financer le programme.
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