Les membres de la Banque d’Angleterre adoptent un discours plus restrictif
En pleine austérité budgétaire, le directeur des marchés de la BoE, Paul Fisher, évoque une hausse souhaitable des taux directeurs
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Patrick Aussannaire
Les Britanniques cultivent leur singularité. Dans un entretien accordé au Daily Telegraph, le directeur des marchés de la Banque d’Angleterre (BoE), et membre du comité de politique monétaire, Paul Fisher, évoque conjointement le risque d’une contraction du PIB durant au moins un trimestre en 2011 et une normalisation souhaitable de la politique monétaire vers un niveau de taux proche des 5%. Autrement dit, la Grande-Bretagne ferait face à un risque de stagflation (stagnation de l’activité économique et pressions inflationnistes).
Avec le dérapage de l’inflation à 3,3% en novembre, la Confederation of British Industry avait prévenu il y a quelques jours que la BoE devrait augmenter ses taux une première fois dans les six prochains mois, puis de 25 points de base tous les trois mois jusqu’à mi-2012, avant une accélération du rythme des hausses. Le taux de base atteindrait ainsi 2,75% fin 2012. Paul Fisher, lui, juge «normal» un niveau de taux de 5%, tout en précisant que la hausse sera graduelle pour ne pas freiner la reprise. «Il sera très difficile de remonter les taux», nuance-t-il, mais le banquier central «ne pense pas qu’une hausse de 25 ou même 50 points de base déclencherait une récession». Adepte de «l’inflation targeting», la BoE a pour seul mandat de garantir la stabilité des prix.
Cependant, les coûts unitaires du travail sont sur une tendance de baisse de 4% en rythme trimestriel annualisé, indiquant que les risques inflationnistes sont limités. Si «pour le moment la résistance de l’économie britannique reflète les effets des énormes stimuli fiscaux, monétaires et de change de 2009», la société de gestion GaveKal anticipe un recul de 2% du revenu des ménages sur chacune des trois prochaines années, du fait des mesures d’austérité budgétaires du gouvernement visant à ramener le déficit à 3% du PIB d’ici 2013.
«Les prix de l’immobilier restent encore très élevés, laissant craindre une nouvelle jambe à la crise dans ce secteur, les ménages britanniques étant plus endettés qu’aux Etats-Unis; l’économie reste très dépendante des services financiers et les attentes en termes d’exportations semblent surestimées du fait de la faiblesse du secteur manufacturier» ajoute GaveKal. Les déclarations de Paul Fisher ont fait repasser la livre au-dessus de 1,54 dollar, alors que les économistes espéraient un assouplissement monétaire de même ampleur que le QE2 de la Fed.
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