Les marchés s’interrogent sur la capacité de la Fed à relever ses taux
Les marchés attendent que la Fed, qui se réunit aujourd’hui, clarifie son discours. Depuis un mois, les taux implicites dérivés des contrats à terme «eurodollar» ont décalé à la baisse de 23 pb sur l’échéance décembre 2015, de 44 pb sur celle de fin 2016 et de 51 pb sur fin 2017. Si les marchés tablent toujours sur une première hausse des taux Fed funds de 25 pb en juin prochain, ils n’anticipent plus qu’un resserrement de 50 pb sur 2015, et de 75 pb supplémentaires en 2016. A fin 2017, ils anticipent des taux Fed funds à seulement 2%.
La partie plus longue de la courbe américaine a également été touchée. Après avoir atteint 0,74% il y a un mois, son plus haut niveau depuis avril 2011, le rendement des Treasuries 2 ans a depuis chuté de 22 pb pour revenir à 0,51% sur la partie 2 ans. A 10 ans, le recul est de 42 pb à 1,82%. L’écrasement du spread entre les taux 2 ans et 10 ans atteint ainsi désormais 134 pb depuis son point haut de fin 2013. A 131 pb hier, il n’est plus qu’à 5 pb de son plus bas enregistré en août 2012, avant le lancement du troisième volet d’assouplissement quantitatif (QE3) de la Fed.
«Les discussions sur la communication de la Fed montrent une réelle crainte de surréaction des marchés à l’annonce d’une première hausse des taux directeurs», explique Aurel BGC. Les investisseurs ont d’ailleurs réagi au net ralentissement de l’inflation suite à la baisse des prix du pétrole, pourtant jugé «temporaire» par la Fed, ainsi qu’à la hausse du dollar engendrée par les QE de la BCE et de la BoJ qui menace de peser sur l’activité et sur l’inflation aux Etats-Unis. Depuis juillet 2014, le taux de swap inflation 5 ans dans 5 ans a décroché de 86 pb pour chuter à 2,13%, son plus faible niveau depuis novembre 2008.
«La Fed est déjà ‘derrière la courbe’. Attendre un rebond de l’inflation avant de remonter les taux fait courir le risque d’un cycle de resserrement déstabilisant et d’une récession», estime néanmoins BNP Paribas. La banque ajoute que la Fed devrait maintenir son cap d’une première hausse des taux en juin. Aucune décision n’est attendue ce soir à l’issue de la réunion du FOMC, qui ne sera pas suivie d’une conférence de presse de la présidente Janet Yellen.
«Jusqu’à ce que la Fed arrive à convaincre les marchés sur sa fonction de réaction, ces derniers continueront à attacher trop d’importance aux mouvements à court terme de l’inflation et pas assez au taux de chômage», ajoute BNP Paribas.
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