« Les investisseurs ne fuient donc pas la zone euro, ils modifient leur allocation »

Emmanuel Hurault, gérant de taux chez Groupama Asset Management
Violaine Le Gall

L’Agefi : La persistance de la crise de la zone euro peut-elle conduire à un affaiblissement de la monnaie unique ?

Emmanuel Hurault : La situation actuelle est paradoxale. Les spreads des dettes de la zone euro s’écartent mais l’euro fait partie des devises qui se sont le plus renforcées depuis janvier. Si les statistiques sont difficiles à analyser, le marché des changes est un bon indicateur des flux de capitaux. Les investisseurs ne fuient donc pas la zone, ils modifient leur allocation. Si les désaccords politiques s’accroissent, alors les investisseurs craindront l’éclatement de la zone ce qui entraînera un effondrement de la devise. Ce scénario est difficilement envisageable. En effet, malgré la cacophonie actuelle, un rythme trop lent pour les marchés, et beaucoup de points qui restent en suspens, force est de constater que la construction politique de l’Europe se poursuit. Un philosophe allemand aurait-il fait siennes ces paroles : ce qui ne tue pas l’euro le rend plus fort ?

Le dollar va-t-il continuer de s’affaiblir face au yen ?

En quatre ans, malgré Fukushima et diverses interventions, le yen s’est fortement renforcé, bénéficiant de l’aversion pour le risque. Si le niveau de la parité actuelle est problématique pour les exportations japonaises, le pays profite encore de la dynamique chinoise et du renforcement récent du renminbi. Les économies nippone et américaine souffrent du ralentissement économique mais le niveau de 75 représente un seuil psychologique important. Les cambistes craignant une intervention de la BoJ équivalente à celle de la SNB, le billet vert se stabilisera dans un premier temps face au yen.

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