Les futurs passeports Ucits asiatiques défient les gérants européens
Trois projets de réglementation locale menacent le passeport européen Ucits et devraient avantager les acteurs implantés localement
Publié le
Amélie Laurin
Terre de toutes les promesses pour les gérants d’actifs, l’Asie réserve aussi son lot de nouvelles contraintes réglementaires. A l’heure où les Européens planchent sur la directive MIF 2 et la taxe sur les transactions financières, plusieurs pays asiatiques préparent leur propre version de Ucits, le passeport de vente des fonds européens. «Ils cherchent à créer des produits concurrents, à travers trois projets d’Ucits qui s’échelonnent de 2014 à 2016, explique Pascal Koenig, associé responsable de l’asset management chez Deloitte. Le sujet préoccupe beaucoup les sociétés de gestion européennes.»
Le premier projet porte sur la reconnaissance mutuelle des fonds ouverts (mutual funds) entre la Chine et Hong Kong. Le deuxième (Asean CIS Framework) prévoit la mise en place d’une offre transfrontalière entre Singapour, la Thaïlande et la Malaisie. Enfin l’Asian region funds passport concerne l’Australie, la Corée du Sud, Singapour et la Nouvelle-Zélande.
Ces futures réglementations risquent de concurrencer la norme Ucits, plébiscitée par les investisseurs asiatiques pour la sécurité de son cadre juridique. En Chine et à Hong Kong par exemple, seuls les fonds approuvés et domiciliés sur ces territoires pourraient être commercialisables à l’avenir. Or «actuellement peu de fonds autorisés par la SFC (le régulateur de Hong Kong, ndlr) sont effectivement domiciliés à Hong Kong, la plupart étant à Luxembourg, Dublin ou encore aux îles Caïmans», écrit Deloitte.
Parmi les boutiques indépendantes françaises, peu disposent d’un agrément de gestion local. En la matière, Comgest et Edram ont une longueur d’avance à Hong Kong. Les grands groupes français ont déjà plusieurs implantations en Asie, à l’instar d’Axa, BNP Paribas ou Amundi, mais ils veulent aussi renforcer leurs positions. Filiale du Crédit Agricole et de la Société Générale, Amundi a ainsi annoncé la semaine dernière le rachat de la gestion de taux du conglomérat malaisien KAF Group. L’opération permet à sa filiale locale de porter ses encours de 3,5 à 4,3 milliards de dollars (3,1 milliards d’euros).
L’urgence apparaît tout de même relative. Signé à l’automne dernier, l’Asean CIS framework doit théoriquement entrer en vigueur ce semestre mais ce n’est «pas certain», selon Deloitte. En Chine, le futur «cadre réglementaire» devrait être seulement «présenté courant 2014», tandis que le programme de travail de l’Asian region funds passport prévoit son lancement «à l’horizon 2016».
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