Les fonds souverains pourraient détourner leur manne des Etats-Unis
Si la Chine, les pays du Golfe ou Singapour sont intervenus massivement en 2007, leurs investissements ont pour l’heure été peu fructueux
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Les fonds souverains vont-ils prendre leur distance ? Même si la portée symbolique d’une intervention purement américaine n’est pas négligeable à propos du sauvetage de Bear Stearns, il reste que selon les analystes, les fonds souverains pourraient se détourner des actifs américains.
«Nous analysons toutes les données qui proviennent des Etats-Unis», a déclaré le sultan Ben Sulayem, à la tête du fonds public Dubai World qui détient 6,6 % de l’exploitant de casinos MGM Mirage. Prié de dire s’il envisageait d’investir aux Etats-Unis, il a répondu : «Je ne sais pas.» Le Premier ministre du Qatar, qui administre un fonds souverain de quelque 60 milliards de dollars, avait déclaré le mois dernier à Reuters qu’il aurait plutôt tendance à investir en Europe qu’aux Etats-Unis, de crainte de voir les actifs bancaires américains baisser encore au gré de dépréciations d’actifs. Les temps ont changé : l’an dernier, quand les grands établissements financiers de Wall Street pliaient sous les coups de butoir de la crise des subprimes, les fonds souverains étaient venus massivement à leur rescousse.
Depuis novembre dernier, Citigroup a obtenu quelque 30 milliards de dollars d’argent frais auprès d’Abu Dhabi, du Koweit et du prince saoudien Al Waleed. Mais son action a perdu environ 38 % depuis cette date. L’action de la banque UBS (suisse certes, mais fortement exposée au subprime) s’est de son côté effondrée depuis l’apport d’argent frais en décembre dernier par des fonds singapouriens et proche-orientaux. Le même mois, le nouveau fonds souverain chinois a injecté cinq milliards de dollars dans Morgan Stanley après l’annonce par la banque d’investissement américaine de 4,9 milliards de dollars de pertes sur les subprimes et d’autres catégories d’actifs. La banque a perdu un quart de sa valeur depuis. Quant à Blackstone, dans lequel la China Investment Corporation (CIC) avait investi 3 milliards de dollars , il a perdu en Bourse la moitié de sa valeur depuis son introduction en juin 2007.
«Avec ce genre d’expérience, les fonds souverains vont devenir plus prudents», souligne Bill Belchere, économiste chez Macquarie Securities. Les fonds souverains proche-orientaux devraient ainsi accroître leurs investissements en Asie, estime-t-il. Certains d’entre eux auraient notamment commencé à s’intéresser à des projets en Chine dans les secteurs des ressources naturelles et de la finance.
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