Les émissions obligataires compensent en partie la chute des prêts bancaires
Les émissions se succèdent toujours à un rythme soutenu sur le marché primaire du crédit en euro. Depuis le début du mois, pas moins de 20 milliards d’euros de titres nouveaux ont été vendus par des sociétés non financières. Une nouvelle fois, les émissions pourraient dépasser 30 milliards d’euros en mai, avancent les stratégistes crédit de Société Générale. Au total, 153 milliards d’euros ont été émis depuis le début de l’année, soit déjà plus que le volume annuel des cinq dernières années.
Ce boom est en partie venu compenser le plongeon des volumes de prêts bancaires depuis le début de la crise du crédit. Alors qu’entre 2005 et mi-2008, les émissions d’obligations non financières représentaient environ la moitié de la production de prêts bancaires dans la zone euro et au Royaume-Uni, elles équivalent à présent à neuf fois les nouveaux crédits bancaires. La chute s’explique en partie par la baisse de la demande. Les entreprises ont réduit leurs activités de fusions-acquisitions et leurs dépenses d’investissement.
Certains grands groupes ont par ailleurs privilégié les émissions sur le marché obligataire aux prêts bancaires. Simultanément, les conditions de crédit se sont durcies. Les crédits revolving d’une durée d’un an sont devenus la norme alors que beaucoup d’entreprises obtenaient auparavant des crédits sur cinq ans. Le coût des prêts a en outre augmenté, les banques fixant la marge en fonction du marché des dérivés de crédit.
« Si le mouvement actuel se poursuit, les grands groupes européens passeront, à très long terme, d’un financement par des prêts à un financement principalement obligataire comme c’est le cas aux Etats-Unis », avancent les stratégistes crédit de Barclays Capital.
Pour eux, la limitation du crédit représente à court terme un risque pour certaines entreprises. Ce dernier pourrait se matérialiser si le marché primaire obligataire se ferme également en raison d’un retour de la volatilité ou d’une réduction de la demande des investisseurs, expliquent Puneet Sharma et Aziz Sunderji. Les entreprises dont la rentabilité baisse et qui ont besoin de refinancer leurs dettes existantes seraient dans la situation la plus délicate, puisque les marchés des prêts et des obligations leur seraient fermés.
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