Les économistes sous-estiment l’impact récessif des politiques de rigueur
C’est à un mea culpa discret que se livre le FMI dans son dernier rapport sur les perspectives économiques mondiales. Inquiet de voir des pays comme l’Italie ou l’Espagne s’enfoncer dans la récession après le lancement de politiques d’austérité en 2010, le Fonds monétaire a revu ses modèles. Verdict: le multiplicateur budgétaire, c’est-à-dire l’impact récessif des mesures de rigueur appliquées par un Etat, est bien supérieur aux anticipations.
L’hypothèse retenue était qu’une restriction budgétaire équivalente à 1 point de PIB avait un impact négatif sur le produit intérieur brut de 0,5 point. Avec les nouveaux calculs, l’effet récessif serait compris entre 0,9 et 1,7 point de PIB. «Dans l’environnement actuel de ralentissement économique substantiel, de politiques monétaires contraintes par la borne de taux zéro, et d’ajustement budgétaire synchronisé dans de nombreuses économies, les multiplicateurs pourraient être bien supérieurs à 1», reconnaît la note du FMI, cosignée par Olivier Blanchard, son chef économiste.
Dans une note publiée hier, Natixis l’estime même à 2,2 pour l’Italie, en raison de la réaction très négative des entreprises et de la sensibilité des salaires réels à la hausse du chômage.
«Les multiplicateurs utilisés pour générer les prévisions de croissance ont été systématiquement trop bas depuis le début de la Grande récession, de 0,4 à 1,2 point selon la source», précise le Fonds monétaire international. Ce dernier s’attribue au passage la palme de la myopie sur 2010 et 2011. L’institution de Washington a sous-estimé de 1,2 point la perte de richesse associée aux politiques de rigueur, contre 0,8 point pour la Commission européenne et 0,4 point pour l’OCDE.
Le FMI reconnaît ainsi implicitement que les trajectoires budgétaires présentées depuis deux ans, notamment par les Etats sous programme d’aide (Irlande, Grèce, Portugal), sont intenables. Cette semaine, le Fonds a réduit drastiquement ses prévisions de croissance pour 2013 par rapport à celles de mars, de 0,7 point par exemple pour l’Espagne (à -1,3%) et de 0,4 point pour l’Italie (à -0,7%).
Une Italie où Mario Monti a d’ailleurs annoncé hier, à six mois des élections, une légère inflexion de la politique d’austérité, sous la forme de baisses d’impôt pour les ménages modestes, et d’une hausse de la TVA d’un point au lieu des deux prévus.
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